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Vulgarisation journalistique, buzz et Science

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Message par tarsonis Mar 18 Juil 2017, 08:58

Salut à tous,
comment la presse mainstream arrive à faire dire à une étude le contraire de sa conclusion ?

Choc toxique : non, la cup n'est pas plus dangereuse que le tampon

Enrya sur Twitter a assez bien résumé le process, qui est en oeuvre de manière assez générale sur le net, et qui nous fait grincer souvent des dents ici clind'oeil
Je commence à voir une sorte de schéma se répéter au sein de l'internet "bio-antivax-appelàlanature". Cas du jour : l'étude sur les cups.

Première étape, une équipe scientifique publie une étude qui capte l'intérêt de la presse mainstream. Ici, c'est le centre national de reference sur le staphylocoque. Deuxième étape, les journalistes vulgarisent les résultats, avec plus ou moins de précision et de putaclic.

Ici ça va du Monde qui titre "Les tampons ne favorisent pas les chocs toxiques" (peu prudent et caricatural, mais passe encore) à L'Obs qui titre "La #coupemenstruelle, plus dangereuse que les #tampons ?" (carrément putaclic et énorme extrapolation).

Troisième étape, la blogosphère bio relaie les articles en question et forcément s'indigne de leurs généralisations. Les premières théories du complot sont lancées : encore un coup du lobby du #Tampax.
Quelques personnes raisonnables tentent de réorienter la discussion sur les trouvailles (nuancées et prudentes)de l'équipe scientifique de base. Elles se font écharper par les conspirationnistes qui analysent leur cv

Dernière étape : la science pleure, le chaos bouffe du pop-corn en se marrant, et la raison est en PLS sous la table.

Pour info, le Centre national de référence du staphylocoque des Hospices Civils de Lyon a dû faire une mise au point !
Choc toxique : Enquête sur l'usage des tampons périodiques

Les coupes menstruelles souvent considérés comme sans risque vis à vis du choc toxique menstruel doivent être portées avec les mêmes précautions qu’un tampon.
La lecture du graphique était délicate et a pu induire en erreur. Les résultats avec les tampons et les coupes menstruelles présentées dans le graphique correspondent à des expériences effectuées en laboratoire :
- Rapport croissance bactérienne et production de toxine dans un milieu de culture en présence de la protection périodique
- Croissance bactérienne et production de toxine dans le même milieu de culture sans protection périodique exprimé en pourcentage.
Les pourcentages attribués aux coupes et tampons bio ne sont pas représentatifs d’un danger à les porter. Pour donner une échelle le tampon Rely, retiré dans les années 80 aurait eu, dans le graphique, des scores de plus 1000%.
Les résultats obtenus nous permettent de dire qu’il est préférable de ne pas les utiliser les coupes pendant la nuit et pendant plus de 6 h au même titre que les tampons.

Mais le mal est fait, car l'algorithme des moteurs de recherche pointe toujours sur les articles buzz :

Vulgarisation journalistique, buzz et Science Captur27

Prochain post : corrélation VS causalité ! fouet

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Message par merlin06 Mar 18 Juil 2017, 17:50

Excellent papier d'Enrya, ravi de la découvrir. Very Happy

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Message par tarsonis Mer 07 Juil 2021, 10:19

Punaise, les médias français dégringolent sévère en ce moment avec l'étude Esteban

Si on reprend l'un des innombrables clones d'articles du type :
Métaux lourds : tous les Français, y compris les enfants, sont contaminés, selon une étude

On peut lire :
Arsenic, cadmium, chrome, cuivre, nickel, mercure... Selon une étude publiée jeudi 1er juillet par Santé Publique France (SPF), l'exposition à ces métaux lourds dangereux pour la santé concerne l'ensemble – de 97% à 100% – de la population française, y compris les enfants. "Les niveaux mesurés que cela soit pour l’enfant ou l’adulte en France étaient plus élevés que ceux retrouvés dans la plupart des pays étrangers (Europe et Amérique du Nord) sauf pour le nickel et le cuivre", ajoute l'organisme.

Le cuivre, l'oligo-élément, classé dans les métaux lourds....

Pire, cela jette l'opprobre sur l'agriculture bio avec :
Comment expliquer une telle situation ? Santé Publique France explique que l'exposition est principalement alimentaire : la consommation de poissons pour l'arsenic, le cadmium, le chrome et le mercure, les céréales, notamment celles du petit-déjeuner chez les enfants, pour le cadmium, un composé des engrais phosphatés, et les légumes bios pour le cuivre, autorisés en agriculture biologique. SPF pointe également le rôle du tabac (cadmium et cuivre), des implants médicaux (chrome) et des plombages (mercure).

Pour limiter les dégâts, l'organisme public recommande de limiter sa consommation de poissons à deux fois par semaine, en variant les espèces et les lieux de pêche, et d'arrêter de fumer. Mais pour régler le problème, il faut agir à la source : "il est encore aujourd’hui nécessaire de poursuivre les mesures visant à diminuer les expositions de la population générale à ces substances, en agissant en particulier sur les sources d’exposition".


Pourtant, si on creuse à peu près 10 secondes, on arrive sur le volet "cuivre" de l'étude :
https://www.santepubliquefrance.fr/determinants-de-sante/pollution-et-sante/sols/documents/enquetes-etudes/impregnation-de-la-population-francaise-par-le-cuivre.-programme-national-de-biosurveillance-esteban-2014-2016

https://www.santepubliquefrance.fr/content/download/357034/document_file/422597_spf00003050.pdf

Qui indique que l'on n'a pas vraiment d'idée sur sa dangerosité, mais surtout, que cette étude sert à évaluer des taux et poser des valeurs de comparaison :

Le cuivre a de nombreuses applications industrielles ou agricoles.

C'est un oligoélément essentiel et il existe peu de données sur d'éventuelles conséquences sanitaires associées aux expositions au cuivre. Les taux de quantification mesurés dans la population sont de plus de 99 % chez les adultes et de plus de 97 % chez les enfants.
[...]

Chez les enfants, la consommation plus fréquente de légumes issus de l'agriculture biologique est associée à une augmentation des concentrations urinaires en cuivre. L'étude Esteban a permis pour la première fois de décrire l'exposition au cuivre chez les adultes et les enfants vivant en France métropolitaine en 2014-2016.

Les concentrations urinaires en cuivre sont similaires à celles retrouvées dans les études à l'étranger. Ces données permettent d'avoir une première description de la concentration en cuivre dans la population française qui sera utile pour évaluer les tendances temporelles lors de prochaines enquêtes de biosurveillance.


Lol, et l'étude complète ne mentionne à aucun moment le cuivre dans la catégorie "métaux lourds".

Et précise ces points :
1.3.1 Absorption et distribution

Le cuivre ne s'accumule pas dans l'organisme, sauf en cas d'anomalies génétiques comme dans la maladie de Wilson (affection familiale rare, caractérisée par une accumulation de cuivre dans l'organisme, en particulier le foie, le cerveau et la cornée, responsable d'un tableau de cirrhose et de manifestations neurologiques) ou encore dans le cas d'une administration chronique à doses élevées, où il s'accumule dans le foie.

et
Les dosages sanguins et urinaires de cuivre ne sont pas de pratique courante pour la surveillance biologique de l'exposition professionnelle dans la mesure où la corrélation avec l'exposition n'est pas toujours bonne ; de plus, de nombreux facteurs (traitements hormonaux, pathologies thyroïdiennes, hépatiques...) viennent influencer les résultats. Il n'existe donc pas de valeur guide professionnelle pour ces paramètres.


Plus bas, on a le but de l'étude du cuivre :
L’étude nationale transversale en population générale nommée Esteban (Étude de santé sur l’environnement, la biosurveillance, l’activité physique et la nutrition), dont un des volets a été conçu pour estimer l'imprégnation de la population générale âgée de 6 à 74 ans à diverses substances de l'environnement et pour améliorer la compréhension des déterminants de l'exposition. La phase de collecte des données de l’étude Esteban a eu lieu d’avril 2014 à mars 2016.

Les objectifs principaux du volet surveillance biologique des expositions de l’étude Esteban concernant le cuivre étaient les suivants :

• décrire les niveaux de cuivre
de la population française continentale et établir de nouvelles valeurs de référence d’exposition ;
étudier les variations temporelles et géographiques des niveaux d’imprégnation par le cuivre par une comparaison avec les résultats d’études antérieures menées en France et à l’étranger ;
analyser les déterminants des niveaux d’imprégnation de la population.

Et la conclusion, pour les journaleux les plus feignants :
L’étude Esteban a permis pour la première fois de décrire l’exposition au cuivre chez les adultes et les enfants vivant en France métropolitaine en 2014-2016 et d’établir une valeur de référence d’exposition chez les adultes de 22 μg. L-1 et de 24 μg. L-1 chez les enfants.

Les concentrations urinaires en cuivre, oligoélément essentiel, sont similaires à celles retrouvées dans les études à l’étranger. Ces données permettent d’avoir une première description de la concentration en cuivre dans la population française qui sera utile pour évaluer les tendances temporelles lors de prochaines enquêtes de biosurveillance.

On est donc passé de "le cuivre, cet oligoélément essentiel" à "le cuivre, ce métal lourd"...

Loi de Brandolini faisant, on n'a pas fini, mais bon, il fallait au moins que je le mentionne ici.

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