[Livre/Roman] "Fatu Hiva: le retour à la Nature" de Thor Heyerdahl

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[Livre/Roman] "Fatu Hiva: le retour à la Nature" de Thor Heyerdahl

Message par Barnabé le Ven 17 Fév 2012 - 0:25

Fatu Hiva
sous-titre : Le retour à la Nature
de Thor Heyerdahl

C'est un roman mais cela relate l'expérience vécue par l'auteur. Je raconte (ne lisez pas tout si vous comptez lire le livre un jour) :

Déjà lycéen (dans les années 1930), Thor Heyerdhal (norvégien) voulait tourner le dos à la civilisation aliénante, polluante, etc. Un hippie avant l'heure, pour faire simple.
Son objectif : retourner à la nature la plus vierge possible, pour retrouver une harmonie, une façon paisible de vivre avec la nature.
Jeune étudiant de zoologie et de géographie, avec sa femme qui étudie la sociologie, il réussit à se faire missionner à Fatu Hiva, dans les îles Marquise pour étudier la faune locale et essayer de comprendre d'où elle a pu venir. Ca se passe en 1937. Il a soigneusement sélectionné, avec sa femme, Fatu Hiva comme l'un des derniers endroits vierges, non envahi par la civilisation occidentale.

Long voyage en bateau (à l'époque) jusqu'à Tahiti, puis attente qu'un autre bateau aille à Fatu Hiva.

Là bas : un pasteur protestant, un prêtre catholique, un métis qui fait un peu de commerce, et des indigènes. Pas d'administrateur (bien que territoire français), pas de dispensaire, pas d'école, un bateau qui vient rarement : un coin absolument sauvage et reculé.
La population indigène est très réduite. En plus du mode de vie traditionnel basé sur une nourriture naturellement abondante, cette population récolte et sèche du coprah, pour le vendre lors du passage du bateau qui vient de loin en loin, et acheter avec lcet argent un peu de vêtements, de nourriture occidentale, d'ustensiles...

Sur l'île, tous les terrains ont un propriétaire. Pour un prix dérisoire, Thor loue un grand terrain dans la montagne pour un an.
Ils vont sur ce terrain et sont enchantés : c'est un ancien peuplement, et même ancien palais du "roi" de l'île, donc il y a une profusion d'arbres fruitiers plus ou moins redevenus sauvage. Noix de coco, goyaves, bananes, mangues ; crevettes dans la rivière... la nourriture abonde.
Les indigènes leur construisent une cabane en bambou et feuillage, se contentant de petits objets plus ou moins volés en paiement. Et les voilà tous deux seuls, à vivre comme des robinsons.

Il y a deux types de considérations qui sous-tendent le bouquin (je l'évoque maintenant pour ne plus y revenir) :
1) peut-on échapper à la civilisation, pourquoi l'homme court-il ainsi à sa perte, peut-on encore vivre en harmonie avec la nature, etc.
2) comprendre d'où est venue la population (ou les vagues de population) qui ont peuplé les Marquises : d'Asie comme le disaient alors la plupart des spécialistes, ou peut-être d'Amérique du Sud ? D'où viennent ces statues massives ? Peut-on traverser l'océan depuis l'Amérique du Sud sur un radeau de roseaux ? Cette question obsède Thor Heyerdahl et c'est ce qui l'amènera à faire plus tard cette traversée sur le fameux Kon Tiki.

Je passe donc sur ces considérations pour reprendre l'aspect vie/survie dans la nature :
- la vie dans la montagne serait parfaite sans les moustiques. Surtout qu'ils peuvent être porteurs du filaire de l'éléphantiasis. Les indigènes souffrent de différentes maladies, dont l'éléphantiasis, la lèpre... Après quelques mois, au début de la saision des pluies, première concession à la civilisation : vite, aller acheter au métis un morceau de moustiquaire pour enfin dormir tranquille, quitte à se faire bouffer quand même la journée.
La vie dans la montagne est idyllique... jusqu'à l'arrivée de la saison des pluies. Avec l'humidité, tout moisit. La cabane leur tombe dessus en farine à cause des vrillettes, car les indigènes l'ont construit en bambous verts, au lieu de bambous bien secs, comme ils l'auraient fait pour eux ; c'était juste pour des blancs !
- il y a aussi un épisode, durant cette saison des pluies, où les indigènes, pourtant si amicaux au début, leur deviennent hostiles... à cause de la guerre de religion. En tant que norvégiens, ils sont protestants même si peu pratiquants, donc proches du pasteur protestant et de son sacristain. Problème : tous les autres villageois sont catholiques. Dans la guéguerre entre le pasteur et le prêtre à qui gagnera des âmes, les indigènes catholiques se retrouvent donc hostiles envers eux. C'est encore envenimé par le fait qu'aucun bateau ne passe ; les indigènes ayant pris l'habitude d'être dépendants de la farine et du riz, cette absence se fait durement sentir, d'autant qu'il n'y a plus de fruits d'arbre à pains à la saison des pluies. C'est une disette, et le propriétaire du terrain vient leur piquer les fruits malgré le fait qu'il leur ait loué le terrain : eux aussi souffrent donc de cette disette partielle.
Ca s'envenime au point qu'il y a un projet d'attentat contre eux, les villageois projettant de mettre un scorpion très venimeux dans leur maison. Ils s'enfuient temporairement sur les hauts plateaux pour échapper à cette hostilité.
- Et surtout, avec la pluie, il ya une boue épaisse de partout, et ils devéloppent une affection, le fe-fe : des plaies aux jambes qui au lieu de guérir n'en finissent pas de s'étendre. Un indigène leur prescrit des emplâtres de fleurs d'hibiscus : ça fait du bien mais ça ne guérit pas.
Il finissent pas gagner une île voisine, dans une frêle embarcation, au péril de leur vie, pour rejoindre l'infirmier sur cette île.
L'infirmier doit leur arracher les ongles des pieds et leur enduire pieds et jambes de pommade pendant des semaines. Ils guérissent enfin. S'ils avaient continué sans traitement, il ne restait que l'amputation. Guéris, ils retournent dans l'île de Fatu Hiva.

- au retour de leur traitement, ils trouvent décidemment que leur terrain en montagne est trop plein de moustiques, et surtout trop proche de la civilisation, des indigènes, de leur maladies contagieuses et de leur hostilité. Ils traversent la montagne escarpée pour rejoindre l'est de l'île, soumise aux alizés, donc plus sèche et sans moustiques au bord de la mer (ils sont chassés dans les halliers par le vent). Là, ils découvrent un vieux et une jeune fille vaguement apparentée qui l'aide à tenir son ménage. Ce sont les deux seuls habitants de l'est de l'île. Le vieux est très content d'avoir de la visite, les nourrit, leur construit une cabane, et c'est une parfaite amitié entre eux, notamment entre Thor et le vieux, et entre la femme de Thor et la jeune fille.
C'est la vie sauvage et saine, pas de moustiques ni de maladie, l'amitié, la nature pure : l'idéal est atteint !

- manque de pot, les villageois de l'ouest débarquent un beau jour, et abusent de l'hospitalité du vieux. Ils font de la bière d'orange et s'ennivrent. Même le vieux, remonté par les autres, devient hostile aux deux blancs. Une nuit, la femme de Thor est piquée par un scolopendre (piqure très douloureuse et relativement incapacitante), et au matin ils en découvrent plusieurs dans le lit : c'est un attentat. Ils fuient donc précipitamment à nouveau, craignant la folie des indigènes pris de boisson, et retournent de l'autre côté de l'île, sur la cote ouest.

- retour au village, pas question d'y vivre : il ya toujours l'inimité des indigènes, et leurs maladies contagieuses. Ils se refugient sur une plage relativement aride, et vivent dans une grotte en se nourrissant de fruits et de produits de la mer, en attendant un bateau qui les sauvera de là. Seul le pasteur protestant et son sacristain leur auront été des amis et alliés indefectibles du début jusqu'à la fin ; eux les seuls protestants parmi des indigènes tous catholiques.

Réfugiés sur cette plage, le constat est amer : la vie sauvage, en harmonie avec la nature, n'est pas possible. Des maladies terribles et sans traitement sont présentes sur l'île ; les maladies et les moustiques vecteurs ayant d'ailleurs été introduits relativement récemment par les européens. Les indigènes ont perdu une bonne part de leur mode de vie traditionnel ; ils sont stupidement hostiles pour une question de religion...
Bref, la coupe est pleine, et même si l'aventure qui a duré un an et demi environ a été belle, c'est une délivrance quand ils peuvent enfin s'embarquer sur un bateau qui les ramènera à Tahiti puis en Norvège.

C'est une aventure qui fait réfléchir. On retient quelques trucs :
- dans les années 30, les maladies chroniques étaient le principal danger, insidieux. Même les blancs, même les gens riches, peuvent contracter l'éléphantiasis et se retrouver avec des membres déformés et douloureux, ou contracter le fe-fe et risquer l'amputation... Par rapport à leur volonté de rejet total de la civilisation occidentale, le besoin de la médecine moderne vient se rappeller très douloureusement à eux !
- les indigènes sont généralement très empressés d'abandonner leurs traditions et de prendre ce que leur amènent les blancs, même quand c'est mauvais pour leur santé, même quand ça les aliène... Par ailleurs, leur culture indigène abandonnée n'était pas non plus la vie parfaite du bon sauvage : pétrie de superstition, de tabus, pratiquant la guerre et le cannibalisme...
- les occidentaux ont perpetré un véritable génocide par l'introduction de maladies et de leurs vecteurs (moustiques, rats...). La population de ces îles a diminué d'environ 90 % en un siècle, sans même qu'il n'y ait beaucoup d'extermination directe par les colons, mais juste avec les conséquences de ces maladies importées.

Bref, on dirait bien, après avoir lu ce livre, que le bon sauvage et le paradis sur terre n'existent pas...


Dernière édition par Barnabé le Ven 17 Fév 2012 - 10:49, édité 4 fois

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Re: [Livre/Roman] "Fatu Hiva: le retour à la Nature" de Thor Heyerdahl

Message par Athea le Ven 17 Fév 2012 - 2:48

LOL quelques remarques en tant "qu'indigène" et en rappelant que ça s'est passé vers 1936.

1°) ils sont fous ces blancs, qu'est-ce qu'ils ont à venir s'enterrer ici Shocked ?

2°) il me semble que c 1 erreur d'avoir occulté les habitants en s'isolant, je peux t'assurer que les habitants ne les ont pas oublié, l'île ne fait que 85km2, s'il avait vraiment voulu ils auraient pu aller sur une autre île vraiment déserte. En K2KK il est important de savoir qui sont ses voisins, de savoir communiquer avec et de se tenir au courant des derniers évènements.

3°)il y a également un aspect culturel : sur la notion de propriété d'abord, source de mésententes et de conflits fonciers jusqu'à nos jours, mal traduit en français. Lorsqu'un polynésien "donne" une terre, en fait il permet à la personne de jouir de la terre en y construisant sa maison par ex, mais cette terre continue de lui appartenir ainsi que les fruits de la terre, il ne peut pas voler ce qui lui appartient. Ensuite pour la maison en bambou vert c parce qu'ils leur fallait un toit de suite. Normalement, le bambou doit être coupé, trempé (parfois + d'1 mois), séché puis tressé. Et c pas fait pour durer comme la pierre, il faut régulièrement le remplacer, il y a tout ce qu'il faut dans la nature, nous on n'a pas d'hiver rude ni d'été suffocant (normalement). Tout de suite les conclusions hâtives Rolling Eyes .

4°)Il est vrai que la forte mortalité, signe d'impuissance des dieux locaux, et la médecine occidentale, signe de puissance du Dieu des nouveaux venus, ont fortement contribué à un abandon massif et volontaire des rites d'alors. Et les religieux ont été suffisamment malins pour faire reporter l'aspect sacré et respectueux vers leur Dieu et les médecins.

5°)"stupidement hostile pour une question de religion". Pourquoi stupidement? C'était une guéguerre alimenté par le prêtre (souvent français) et le pasteur (souvent anglais) relents d'une bataille dans le Pacifique de 2 grandes puissances colonialistes . Et malheureusement c toujours une question d'actualité, la religion est souvent source de conflit dans les familles et entre les amis dans le monde même en France. Ca fait partie des risques que tout olduvaïen doit prendre en compte.

Et pour finir sur une note positive voici ce qu'écrit Denis Waitley : On ne peut pas voyager jusqu'au bonheur, le posséder, le gagner, l'utiliser ou le consommer. Le bonheur c'est l'expérience spirituel de vivre chaque minute avec amour, grâce et gratitude.Very Happy

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Re: [Livre/Roman] "Fatu Hiva: le retour à la Nature" de Thor Heyerdahl

Message par Barnabé le Ven 17 Fév 2012 - 8:48

Salut Althea,

merci pour les précisions. Je ne faisais que résumer le bouquin, donc j'ai fait des raccourcis.

1°) ils sont fous ces blancs, qu'est-ce qu'ils ont à venir s'enterrer ici ?

2°) il me semble que c 1 erreur d'avoir occulté les habitants en s'isolant
C'était leur volonté délibérée : officiellement, être en pleine nature pour prélever des échantillons de la faune ; pour leur projet personnel, il s'agissait d'essayer de vivre en communion avec la nature, comme des robinsons.
C'est bien sûr une erreur pour leurs conditions de survie, globalement, comme la suite le montre amplement. Et c'est justement un des trucs qui m'intéressent dans le bouquin !

je peux t'assurer que les habitants ne les ont pas oublié
Tu veux dire : s'en souviennent encore aujourd'hui ? Si oui, ils en disent quoi ?

Lorsqu'un polynésien "donne" une terre, en fait il permet à la personne de jouir de la terre en y construisant sa maison par ex, mais cette terre continue de lui appartenir ainsi que les fruits de la terre, il ne peut pas voler ce qui lui appartient.
Ah oui, c'est étonnant ! En droit français la location implique bien sûr que les fruits de la terre appartiennent au locataire. C'est une différence culturelle importante qui a du créer bien des conflits.
Cela dit, tel que le raconte Heyerdahl, il semble que le propriétaire n'avait pas forcément besoin de venir chercher les fruits autour de chez eux (c'est très éloigné du village), et qu'il le fait sciemment, dans le cadre de l'hostilité religieuse. Confronté par Heyerdahl, il prétend à un moment que les fruits qu'il porte viennent du terrain voisin, donc malgré le fait que, d'après ce que tu dis, les fruits lui appartiennent, il semble bien qu'il n'avait pas la conscience tranquille et qu'il préférait prétendre que les fruits venaient d'ailleurs..

Ensuite pour la maison en bambou vert c parce qu'ils leur fallait un toit de suite. Normalement, le bambou doit être coupé, trempé (parfois + d'1 mois), séché puis tressé. Et c pas fait pour durer comme la pierre, il faut régulièrement le remplacer, il y a tout ce qu'il faut dans la nature, nous on n'a pas d'hiver rude ni d'été suffocant (normalement). Tout de suite les conclusions hâtives
Sur l'abri, il dit très exactement "Ils avaient construit notre demeure avec du bambou vert et pas encore mûr, en sachant que ce matériau serait peu à peu rongé par les vrillettes. Le bambou qu'ils ramassaient pour leurs murs à eux, était dur comme de l'os et jaune dès le moment où il était coupé, et parfois, ils le trempaient même dans l'eau de mer pendant une semaine. Mais en nous construisant une habitation qui ne durerait que quelques mois, ils auraient ainsi l'occasion de revenir et de gagner plus en travaillant une seconde fois pour nous. "

5°)"stupidement hostile pour une question de religion". Pourquoi stupidement?
Sur la religion, Heyerdahl explique que les religions catholiques et protestantes n'avaient pas amorcé de raprochement à cet époque et que l'opposition était vive. Chacun considère que l'autre religion est mauvaise et mène droit en enfer ! (Quand on voit que la guerre de religion en Irlande était bien vivace jusqu'à récemment...) Heyerdahl pense que le prêtre a considéré qu'ils étaient eux aussi des missionnaires, ce qui représentait un grave danger à ses yeux puisque c'était un doublement de l'effectif (par rapport au pasteur et au sacristain qui étaient déjà là). Donc effectivement, l'opposition stupide vient avant tout des religieux. Il explique aussi que ça se passe bien avec les habitants pendant les périodes où le prêtre catholique est absent de l'île, mais que quand il est là, les habitants semblent vouloir faire du zèle !

Le livre est imprégné de racisme, au sens propre, c'est à dire qu'il distingue les races. Heyerdahl applique l'anthropologie de l'époque, qui cherche à distinguer les races et à les classer en fonction de leur caractéristiques : mensuration du crâne, aspect "négroïde" de la face, etc. Lui aussi semble considérer que "toutes les civilisations ne se valent pas."... clind'oeil Cela parait de façon très nette dans le bouquin. D'ailleurs, le mot "indigène" est utilisé dans le bouquin : c'est pourquoi je l'ai réutilisé tel quel.

Il est bien évident aussi que le livre se passe à l'époque coloniale et que la hiérarchie sociale entre colons blancs, métis et indigènes est retranscrite. Il y a par exemple un moment où, sur l'île où ils sont allé se faire soigner, ils sont mal accueillis car hirsutes et vêtus de pagne. Ils revêtent des vêtements occidentaux, signent un traveller chèque, dévalisent l'épicerie locale (en payant!) : et d'un seul coup ils sont considérés à nouveau, ils ont rejoint la caste des colons !

Il y a aussi des zones obscures dans le livre, des points qui frappent par leur absence :
- Heyerdahl n'explique jamais complètement comment l'animosité a pu monter au point qu'ils prennent peur et doivent s'enfuir plusieurs fois et vivre à l'écart.
- Liv, la femme de Heryerdahl apparaît très peu dans le roman. Et surtout, elle apparaît un peu comme un personnage qui fait ceci ou cela, mais on n'a aucune idée de ses pensées : comment vit-elle cela, quel est son ressenti de femme sur toute cette aventure ? Dans la notice anglaise de Heyerdahl sur wikipedia http://en.wikipedia.org/wiki/Thor_Heyerdahl , il est dit que Liv est "conspicuously absent" de ses livres, qu'on peut traduire par "ostensiblement absente" ou "absence criante" : c'est une opposition ironique, puisqu'une absence n'est a priori pas ostensible. Bon, en fait elle est parfois citée comme lui donnant la réplique sur ses vastes réflexions sur l'humanité, les races, les migrations. Ce qui semble transparaître, c'est qu'elle était amoureuse et admirative de son mari et qu'elle s'était totalement solidarisée avec son "trip".

- Les difficultés de communication sont très peu retranscrites ; or, entre Heyerdahl et sa femme qui sont norvégiens, et des indigènes qui parlent sûrement très peu français, la communication doit être difficile. Même si quelqu'un jouait le rôle d'interprète, utilisant probablement le français comme langue intermédiaire (le français langue étrangère apprise pour Heyerdahl comme pour l'interprète), ça ne devait pas être évident. Pour nous français, ça serait l'équivalent de parler à un chinois en utilisant un traducteur local qui ne parle que l'anglais ! On s'exprime dans un anglais moyen, le traducteur traduit ce qu'il veut bien, le chinois répond (s'il a compris la question,) le traducteur retraduit à sa sauce, et on essaye de comprendre tant bien que mal la réponse en anglais... Il y a forcément d'énormes difficultés de communication.

Quand ils sont sur la cote est (donc présents depuis peut-être 1 an), il explique qu'ils ont constitué un lexique du parler local et qu'ils le comprennent désormais mieux ; à un autre moment, il explique une incompréhension culturelle ; mais globalement il semble décrire des interactions entre des gens qui se comprennent. C'est d'ailleurs quelque chose qu'on retrouve dans les romans et films de fiction en général : il y a ceux où la barrière des langues est retranscrite avec réalisme, et il y a ceux où tout le monde semble avoir un traducteur instantané dans la tête (et pour le cinéma américain : tout le monde parle anglais donc il n'y a pas de problème de compréhension ; mais plus le personnage est hostile plus l'accent est mauvais !). Ce roman me semble gommer un peu trop ces difficultés de communication.

Globalement, c'est à prendre comme un document d'époque ou presque (car écrit en 1976, sur la base d'une première version publiée en 1938 mais jamais traduite). L'histoire est intéressante même si on ne partage pas certaines opinions de l'auteur ! En fait, les incompréhensions et les préjugés que tu cites font partie de l'intérêt du bouquin : voir comment, malgré leurs efforts, ils se "plantent" dans leur adaptation à l'île et à ses habitants.

Souvent, dans les bouquins, la survie, c'est survivre au froid, au manque de nourriture ; il faut appliquer des techniques : faire du feu, un abri, trapper ou chasser. Là, c'est l'inverse : la nourriture et l'eau sont abondantes, l'abri leur est fourni... C'est ailleurs que ça "chie" : les maladies, l'hostilité des indigènes, une déprime voire une parano évoquées à mi-mots... C'est bien ce côté "plantage humain" que je trouve très intéressant sur l'aspect "survie" !

Pour moi, ça fait partie des quelques bouquins marquants sur cette difficulté de compréhension, d'adaptation, sur l'aventure qui se passe mal à cause des moustiques, maladies, hostilités... dans le genre j'avais aussi été impressionné par Voyage sans cartes de Graham Green : faudra que je le relise.


Dernière édition par Barnabé le Ven 17 Fév 2012 - 13:31, édité 9 fois

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Re: [Livre/Roman] "Fatu Hiva: le retour à la Nature" de Thor Heyerdahl

Message par Invité le Ven 17 Fév 2012 - 10:03

Barnabé a écrit:..... (quand on voit que la guerre de religion en Irlande était bien vivace jusqu'à récemment).....

Attention:

-Catholiques = indigène de vieille souche celte
-Anglicans = prolétariat anglais "importés" au XIX siècle par les anglais qui souhaitaient déposséder les irlandais d'origine même du travail en usine et les pousser à l'exil.

Si ça ne se voit pas à l'oeuil nu ce sont deux populations différentes et non une population divisée par ses options religieuses.

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Re: [Livre/Roman] "Fatu Hiva: le retour à la Nature" de Thor Heyerdahl

Message par Barnabé le Ven 17 Fév 2012 - 10:31

Phillippe : oui, c'était juste une comparaison hâtive pour montrer que des oppositions farouches entre deux religions du christianisme ont existé encore récemment.

Dans le bouquin aussi, il n'y a pas que la religion comme différence ! Couleur de peau, langue, culture : ils sont très différents des habitants..

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Re: [Livre/Roman] "Fatu Hiva: le retour à la Nature" de Thor Heyerdahl

Message par Barnabé le Ven 17 Fév 2012 - 13:13

A propos des maladies :
- l'elephantiasis ou filariose lymphatique dont souffrent les habitants de la polynésie française :
http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89l%C3%A9phantiasis (faites une recherche google images si vous voulez vous faire très peur !)
- 80 ans après l'époque de ce bouquin, 120 millions de personnes en sont porteuses et 40 millions en souffrent gravement dans le monde (chiffres 2007). Les perspectives d'élimination de la maladie existent enfin grâce à un traitement relativement récent : http://www.revuemedecinetropicale.com/291-296_-_rg_karam.pdf
- le point en 2010 sur ce programme d'éradication appliqué à la polynésie française : http://www.tahitipresse.pf/wp-content/uploads/2010/03/dossier-filariose.pdf

Le fe-fe : je n'ai pas trouvé de quoi il s'agit. Quelqu'un sait-il quelle est cette maladie ?

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Re: [Livre/Roman] "Fatu Hiva: le retour à la Nature" de Thor Heyerdahl

Message par KrAvEuNn le Ven 17 Fév 2012 - 16:54

Salut !
Barnabé a écrit:Le livre est imprégné de racisme, au sens propre, c'est à dire qu'il distingue les races. Heyerdahl applique l'anthropologie de l'époque, qui cherche à distinguer les races et à les classer en fonction de leur caractéristiques : mensuration du crâne, aspect "négroïde" de la face, etc.
La distinction de l'humanité en plusieurs races n'est pas forcément apparentée au racisme, notamment s'il n'y a pas hiérarchisation des races. L'anthropologie physique, ou anthropobiologie, ou anthropologie biologique, est une sciences qui a parfois flirté avec le racisme, en effet, autrefois ; mais ce fut une dérive. Je n'ai pas lu le livre et je ne peux donc pas juger sur pièce, mais attention à ne pas confondre les deux. clind'oeil Toutefois, dans l'exemple que tu cites, il semble plutôt s'agir d'anthropométrie ; peut être du racialisme. L'anthropologie physique divise toujours l'humanité en races, mais on lui préfère généralement, en Europe, le terme de groupes humains (moins connoté). Race humaine - sujet à polémique s'il en est.

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Re: [Livre/Roman] "Fatu Hiva: le retour à la Nature" de Thor Heyerdahl

Message par Athea le Ven 17 Fév 2012 - 23:06


@Barnabé

"je peux t'assurer que les habitants ne les ont pas oublié
Tu veux dire : s'en souviennent encore aujourd'hui ? Si oui, ils en disent quoi ?


Non, non, juste que tout le monde savait qu'il y avait des gens (un peu fous) à cet endroit. Je pense même que par curiosité certains sont venus les observer et apparemment sans qu'ils s'en aperçoivent. C trop petit, ils ne pouvaitent pas s'isoler.

Le fe-fe : je n'ai pas trouvé de quoi il s'agit. Quelqu'un sait-il quelle est cette maladie ?
C un furoncle. Problème d'hygiène peut-être ou travail de la terre? Il ne devait pas avoir leur kit 1er secours!

Concernant l'elephantiasis, j'en ai jamais vu avec des déformations aussi spectaculaire sauf dans les livres, ça a quasiment disparu bien qu'on ait trouvé 1 cas exceptionnel qui se cachait. Mais tous les ans il ya 1 campagne via l'OMS pour la prise en 1 fois de cachets (la Notézine) distribués à toute la population. On estime que 10% de la pop est porteuse de filaires, 1 millier présente des déformations physiques - pas aussi grave mais quand même. Les moustiques! Sales bestioles!

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Re: [Livre/Roman] "Fatu Hiva: le retour à la Nature" de Thor Heyerdahl

Message par Barnabé le Sam 18 Fév 2012 - 0:05

Athea a écrit:
Le fe-fe : je n'ai pas trouvé de quoi il s'agit. Quelqu'un sait-il quelle est cette maladie ?
C un furoncle. Problème d'hygiène peut-être ou travail de la terre? Il ne devait pas avoir leur kit 1er secours!

D'après ce qu'ils décrivent, ça a commencé à partir de petites blessures faites sur les rochers, et ça se développe dans le contexte de la saison des pluies, avec de la moisissure et de la boue partout. Donc, apparemment, c'est un méga furoncle qu s'étend et ne guérit pas.

Et à l'époque il n'y avait pas d'antibiotiques, bien sûr.

Merci pour l'info.

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[roman] "Fatu Hiva: le retour à la Nature" de Thor Heyerdahl

Message par Athea le Sam 18 Fév 2012 - 6:20

à partir de petites blessures faites sur les rochers

Ben c une infection alors, parce que un furoncle c pas à partir d'une blessure visible. Tout d'un coup tu t'aperçois que t'as mal à un endroit et quand tu touches ça fait une petite bosse, c chaud et un peu rouge. On appliquait un coton imbibée de Dakin pendant bien 5mn.

la saison des pluies
. C pas la mousson non plus . Ce sont des averses (si t'es dessous ben t'es trempé) entrecoupées d'un beau soleil tout brillant . Donc ton linge essoré que t'as étendu il est re-mouillé puis il sèche puis il est re-mouillé etc... faut juste que t'arrives au bon moment Rolling Eyes. Mais c vrai qu'en milieu tropical l'humidité peut aggraver les petits bobos si on n'y prend pas garde. Ca fait bouillon de culture... Taux d'humidité par ici entre 79 et 80%.

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