(Livre] La grande implosion - Rapport sur l'effondrement de l'Occident (Pierre Thuillier)

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(Livre] La grande implosion - Rapport sur l'effondrement de l'Occident (Pierre Thuillier)

Message par KrAvEuNn le Mar 1 Mai 2007 - 17:39

Salut,

j'en ai déja parlé ici, toutefois approfondissons le sujet plus en détail : "la grande implosion - rapport sur l'éffondrement de l'occident"

Perso, je le trouve très pertinent (voir impertinent) et surtout clair et éclairant.

Si vous vous êtes toujours demandé pourquoi le modèle de civilisation occidental c'est imposé au monde comme "le modèle universel" ; si vous avez toujours souhaité connaitre les origines du monde modene et les causes de son incroyable succès, alors ce livre est fait pour vous.

Passé totalement inaperçu lors de sa publication et boudé par tous les médias - car la meilleure façon de tuer un livre, ce n'est pas d'en dire du mal, mais c'est de ne surtout pas en parler - cet ouvrage est indispensable pour tous ceux qui veulent mieux comprendre la mondialisation : ses origines (la ville médiévale) et son projet fondateur (faire advenir le règne universel de l'économie).

Court résumé : Position personnelle inspirée par ce livre :

L'économisme n’est pas seulement un système ou un model de société, c’est aussi et surtout un type de civilisation : l’Occident.

L’Occident est né au moyen âge, au sein des villes, de l’alliance du marchand et de l’ingénieur. Le but du marchand était de faire des affaires - toujours plus grandes et dans des domaines et sur des lieux toujours plus étendus) - pour cela il a eu besoin de l’ingénieur, qui lui a construit des machines et des outils afin d'améliorer la performance et la rentabilité du travail. C’est à cette époque que sont nées les premières machines (machines à tisser, horloges, orgue, etc.) L’horloge a permis de rationaliser le travail en lui imposant des horaires et des durées.
Ainsi, le bourgeois est devenu maître du temps et maître du commerce ; à partir de ce moment, la civilisation Occidentale est devenue une civilisation commerçante et technicienne. C’était la naissance de la notion de progrès et de modernité.

La machine était lancée ; l’Occident a colonisé d’abord ses campagnes (premier exode rural), pour importer une main d’œuvre dans ses usines et des ressources agricoles pour nourrir une population croissante (urbanisation) ; ensuite l’Occident à colonisé le monde (colonialisme) afin d’importer ou de déplacer de la main d’œuvre bon marché (esclavagisme, immigration de peuplement), des ressources naturelles, fossiles, et minérales, bon marché.

Sans cesse, au court de son histoire, l’Occident à recherché à étendre et à universaliser son influence et son idéologie commerçante et technicienne), notamment par la colonisation, puis via la mondialisation.
En conclusion, l’Occident c’est bâtit sur une idée fondatrice : faire advenir le règne universel de l’économie : la mondialisation des échanges commerciaux et financiers. Aujourd’hui le rêve bourgeois est en train de s’accomplir, au détriment de l’homme et de la nature.

Quand on veut comprendre un phénomène, il faut apprendre à bien le connaître : ses origines, son but, son évolution, son fondement, son idéologie, etc.)
Le capitalisme est un des avatars de l’idéologie économiste et universaliste, fondement de l’Occident. On peut combattre un système (le nazisme par exemple), mais on ne peut pas combattre une civilisation (mondialisée de surcroît) ; cela implique de lutter à diverses échelles (locales, mondiales, individuelles, communautaires, etc.) et dans divers domaines (économie, science, histoire, industrie, etc.)

Une civilisation ne peut pas être réformée ; on ne décrète pas un changement de culture, de croyance, ou de société.

LeL'économie est partout et dans tout ; ielle est omniprésente et omnipotente ; elle imprègne chaque parcelle de notre civilisation ; pire, notre civilisation est bâtit sur ses préceptes.

Ma conclusion rapide : rien ne pourra réformer le système économiste ; il ne peut que disparaître : de ses propres excès ou bien par manque de nourriture : énergie, argent, hommes, etc.

l’Etat moderne s’est laissé embarqué dans une logique de marché ; il l’a fait en toute conscience et n’a pas été forcé à le faire.
L’Etat est tombé sous la coupe des marchands très tôt (révolutions française, américaine, etc.) ; la bourgeoisie (l’économie et le commerce) a pris le pouvoir en éjectant la monarchie et l’église. L’Etat est alors tombé sous l’influence des hommes d’argent.

Critique et résumé trouvé sur Cia.fr.
"La Grande implosion" a le mérite immense d'être un livre au contenu éminemment philosophique, mais néanmoins parfaitement accessible et compréhensible par tous. Le récit se présente sous la forme d'un rapport d'enquête historique écrit à la fin du XXIème siècle pour identifier les causes de l'effondrement de la civilisation occidentale, censé s'être produit dans les années 1999-2002. L'auteur du rapport, le professeur Dupin, pose un regard plein d'étonnements sur notre époque, formule des questions faussement évidentes, et par ce procédé littéraire, parvient sans effort à maintenir le lecteur attentif. Pensez un peu aux questions innocentes que posent les enfants à leurs parents, qui nous font toujours rigoler, mais qui nous dérangent aussi un peu confusément… ou même très clairement ! Pierre Thuillier alias Dupin nous parle ainsi, mais ce qui change tout, c'est que nous sommes des adultes, et que les réponses données sont au moins aussi provocantes que les questions, et ce d'autant plus qu'elles s'appuient sur de nombreuses citations d'auteurs qui sont autant d'avertissements que nous n'entendons pas. Et justement, le leitmotiv du professeur Dupin est "Mais pourquoi les Occidentaux n'ont-il pas vu venir la fin ?"'…

On apprendra ainsi, en lisant ce rapport, que la civilisation occidentale, vouée corps et âme au libéralisme économique et à la technoscience, avait au début du XXIeme siècle perdu son âme et relégué tout humanisme et toute poésie au rang de l'accessoire futile. Révoltés de vivre dans ce cadre dénué de spiritualité où ils n'étaient que les esclaves du néant, les hommes se sont réveillés et au terme de trois années de troubles dramatiques ont enterré la civilisation occidentale et donné naissance à une nouvelle ère où l'humain redevient le centre d'intérêt de la société. Mais bien plus qu'un livre d'anticipation, je dirais même qu'un livre prophétique, c'est en tant que fenêtre sur notre propre manière de vivre, comme instrument de prise de recul sur notre monde, que cet ouvrage se révèle indispensable.

Voici un petit condensé du contenu, empruntant assez largement au texte lui-même, qui je l'espère, éveillera votre intérêt.

Dans la première partie, "Homo occidentalis", le professeur Dupin explique le contexte de son étude et dresse le portrait de la civilisation occidentale à la veille de son effondrement. Pour comprendre la crise des années 1999-2002, il explore l'histoire spirituelle de l'Occident en vue d'identifier les choix fondateurs sur lesquels la culture occidentale avait été bâtie. Il relève alors que les sociétés des années 90 ne pensaient leur avenir qu'en termes économiques. Elles avaient perdu tout sens poétique, leurs grands mythes fondateurs n'existaient plus, et la publicité semblait leur tenir lieu d'idéal, c'est à dire d'auto représentation collective.
A cette époque, seule importait la raison et la rationalité, c'est à dire les socles de la "vraie" science. L'art était devenu stérile, les musées n'étaient plus que de grands bazars d'objets totalement vidés de leur sens spirituel. Au contraire, la magie, l'astrologie et la sorcellerie, de nombreux mouvements sectaires plus ou moins dangereux avaient refleuri comme à l'époque de la fin du monde latin et païen. Tous ces signes étaient les symptômes d'une véritable détresse spirituelle.

Le professeur Dupin savait qu'aucune "prise de conscience" n'avait jamais sauvé une culture en lui permettant de se restructurer sur de meilleures bases. Le délabrement d'une société est intérieur. L'Occident à la fin du seconde millénaire ne possédait plus qu'une pseudo-culture : ainsi pouvait-on se féliciter d'actions humanitaires qui n'étaient en fait que des verrues posées sur l'inhumanité du commerce international. La rationalisation des activités humaines avait abouti à l'appauvrissement des relations sociales et à l'automatisation de la vie quotidienne, aux dépens de la parole et des relations humaines.

Les vertus du progrès de l'esprit humain avaient été érigées en postulat dès le XVIII ème siècle et personne ne posait jamais la question de savoir si toute découverte était vraiment bénéfique pour l'humanité. On partait du principe que la science avait pour but le bonheur humain. La technocratie, au nom de la science, était alors fondée à organiser le lien social selon des règles et des méthodes fondées sur l'observation, les statistiques et les probabilités. Toutefois, on n'avait pas trouvé d'unité de mesure pour le progrès, et c'est donc l'argent qui s'y substituait, devenant la seule mesure du bonheur, alors même qu'un très vieux proverbe que tout le monde connaissait affirmait que "l'argent ne fait pas le bonheur".
Le bonheur avait été réduit à la notion de niveau de vie et d'aptitude à consommer, et il était admis par toutes les personnes d'influence qu'avoir trois voitures rendait trois fois plus heureux.

Parmi d'autres contradictions, l'Occident avait développé une phobie du risque telle que sa seule mention était capable de déstabiliser une entreprise, la bourse, l'économie ou la vie politique de pays entiers. Un besoin de sécurité croissant était apparu, strictement proportionnel à la peur. Parallèlement, il avait découvert que la catastrophe ou l'accident, s'il est indemnisé, contribuait au PNB, et revenait moins cher à la collectivité que sa prévention.

Dans les chapitres suivants, le professeur Dupin examine chacun des grands fondements historiques de la civilisation occidentale, et montre que chacun d'eux contenait le germe de sa propre fin.

Dans "Homo urbanus" le professeur Dupin rappelle que la modernité débuta au Moyen-Age avec la naissance des villes et l'essor de la bourgeoisie. Il montre comment le délabrement spirituel allait de pair avec le délabrement urbain. A partir du Xème siècle un certain nombre de nouvelles techniques agricoles (la charrue, l'assolement triennal…) permirent l'essor démographique et économique. Dans ce contexte d'urbanisation et de développement des échanges à travers les foires, le commerce devint l'activité clé et la base de tout profit. Tant que les marchands bénéficiaient de la liberté c'est à dire celle d'acheter et de vendre, accessoirement celle de se déplacer, ils ne se mêlaient pas de politique. C'était le libre-échange. Peu à peu il y eut rupture entre ville et campagne, les marchands-bourgeois prirent le pouvoir dans les villes et les campagnes déclinèrent. Le rationalisme marchand élimina tout sentiment de la relation commerciale. Chacun n'était plus qu'un rouage de la grande machine économique, notamment dans les supermarchés ou à la Bourse. Il n'existait pas d'humanisme bourgeois ou mercantile, il n'y avait en fait qu'une culture d'épicier. L'Occident a mené à l'égard de ses paysans le même travail d'extermination (par appauvrissement et surendettement ou par alcoolisme) que sur les peuples qu'il avait colonisés. La richesse matérielle des villes cachait un vide spirituel croissant.

Le chapitre "Homo economicus" montre que la rentabilité était une obsession pour l'Occident. Au point que l'argent devint le véritable maître du monde, asservissant totalement l'homme. En politique internationale, l'économique prit toujours le pas sur les droits de l'homme. Le XVIème siècle fut le siècle du passage d'une économie du besoin à une économie du profit. Ce fut le siècle où de grands banquiers firent et défirent les rois, les papes ou l'empereur. Le purgatoire fut inventé à cette époque : l'Eglise permettait ainsi aux marchands d'échapper aux enfers promis aux riches. Cependant le protestantisme reconnut la légalité du prêt à intérêt bien avant le catholicisme. Ce fut cependant sur des questions d'argent que l'un et l'autre s'affrontèrent, notamment sur le financement de la construction de la basilique Saint Pierre de Rome par la contribution des fidèles monnayée en indulgences. L'argent peu à peu fonda une nouvelle spiritualité qui faisait de la consommation un devoir, sans cesse rappelé par la publicité.

De moins en moins flatteur, le professeur Dupin montre dans le chapitre "Homo corruptus" que l'Occident était aussi malade de corruption. Il cite l'exemple des chirurgiens et des fabricants de prothèses du genou qui s'entendaient par exemple pour une surfacturation. C'était indolore pour le malade, puisque le coût de la corruption étaient pris en charge par la collectivité. En moyenne le surcoût liés aux fraudes était estimé à 15% de la valeur d'achat des biens ou services. En réalité, tout commerce reposait sur le mensonge et la surenchère publicitaire et ne pouvait être qu'immoral. Mais la corruption était surtout d'ordre spirituelle, par manque d'horizon poétique.

Les deux derniers chapitres sont à mon goût les plus passionnants. Dans "Homo technicus", le professeur Dupin raconte le développement de la technique et la toute puissance qui fut progressivement accordée aux ingénieurs. Le machinisme s'était développé en Occident avec les guerres et ses machines au Moyen-Age : arbalète, baliste, étrier et enfin artillerie. Ce fut dans ce domaine qu'apparurent des "ingeniator". Ils inventèrent ensuite les moulins à vent et à eau.
La vision des chrétiens sur la Nature fut déterminante : fondée sur la Génèse, elle projetait très clairement l'asservissement de celle-ci, notamment à travers la technique. Dès l'an 1000 on commença à représenter Dieu muni d'un compas et d'une équerre. Il était ainsi promu au rang de grand ingénieur, sa création devenait alors une machine. L'orgue, mécanique complexe, fit son entrée dans les églises, alors que l'on avait toujours affirmé que seule la voix humaine, non la musique, pouvait louer Dieu. Au XIVème siècle les horloges apparurent, ce qui permit aux bourgeois de calculer le rendement du travail des prolétaires, et aux prolétaires d'être à l'heure au travail. Le temps était devenu une marchandise.
Du style technique découla un style politique. La philosophie mécaniste avait commencé avec le latin Lucrèce ("machina mundi - le monde machine") mais se poursuivit au Moyen Age et surtout au XVIIème siècle avec Galilée et surtout Descartes, dont l'idée fondamentale était de faire des hommes les "maîtres et possesseurs de la nature".
Poursuivant dans la logique de leur maître, les cartésiens furent les grands artisans de la désacralisation de la Nature qui eut pour conséquence de les amener à considérer les animaux, puis les hommes comme des machines, même s'ils reconnaissaient encore une âme à ces derniers.
C'est avec cette idée en tête que l'on se mit à traiter le bétail industriellement, ou à détruire sans vergogne des écosystèmes. Ce fut aussi ce qui autorisa l'homme à parler d'intelligence artificielle en cherchant, à travers l'ordinateur, à rapprocher les machines de l'homme. En réalité, c'est davantage l'homme qui se rapprocha de la machine : celui-ci devint, grâce à la doctrine behavioriste de John B. Watson, un être conditionnable. Cette psychologie excluant toute émotion étudiait les comportements d'achat et partant de là, la façon de les induire.
La politique elle-même devint une mécanique sociale, au service d'une technostructure toute puissante, grande machine contrôlée et régulée, organisant les flux de communication et d'information. L'humain n'était plus maître des machines qu'il créait qu'en apparence. La "machine" décidait en fait de plus en plus pour lui, à la Bourse, à l'usine, etc. L'humain n'était plus qu'une extension de la machine.
Comment le monde occidental en était-il venu à créer cet univers entièrement mécanisé? Par orgueil, semble-t-il, pour devenir égal à son Dieu.

Enfin, dans "Homo scientificus", le professeur Dupin explique comment la science était devenue la seule véritable religion, malgré ses prétentions à la rationalité la plus stricte. La science grecque ancienne était contemplative (étymologiquement, théorie signifie contemplation). Par opposition, la science occidentale était tournée vers l'action, dont le but principal était de découvrir les mécanismes de la machine-univers, comme le fit Laplace en étudiant la mécanique céleste. La technoscience était devenue une science appliquée, déconnectée de toute éthique, ayant pour seule finalité de démonter les mécanismes naturels. Au passage, elle véhiculait une soif insatiable de puissance. Les savants et les techniciens étaient les mêmes personnes. Et pour l'amour de la science, les scientifiques étaient toujours prêts à s'allier avec les organismes susceptibles de leur apporter des financements et à mettre en application leurs découvertes, au premier rang desquels les militaires. Par exemple, il était établi dès la fin du Xxème siècle que c'étaient des scientifiques qui avaient fait pression sur le pouvoir politique pour que celui-ci crée la première bombe atomique. Le livre cite un certain nombre d'autre cas de collusions avérées entre scientifiques et militaires qui font voler en éclat le mythe du progrès, en montrant que la plupart des découvertes scientifiques ne sont pas prioritairement exploitées dans le souci de l'amélioration de l'existence des hommes.

Selon Pierre Thuillier lui-même, ce livre n'énonce pas des prophéties, mais des banalités. Son ambition était officiellement de donner aux lecteurs une vision claire et historique d'une situation que tout le monde connaît. Pari gagné, mais n'est-ce pas justement le propre d'une prophétie ?

Références : Pierre Thuillier, La Grande Implosion (Rapport sur l'effondrement de l'Occident), Fayard, Paris, 1995.

Une interwiew passionnante de "pierre thuillet" sur le site des "humains associés" : http://www.humains-associes.org/No8/HA.No8.Thuillier.html
fiche de lecture d'ivani (de décroissance.info)
LA GRANDE IMPLOSION
Rapport sur l’effondrement de l’Occident 1999-2002
Pierre Thuillier, Fayard, 1995

Cet ouvrage constitue, à mon sens, l’une des meilleures surprises de ces dernières années. Pierre Thuillier, l’auteur, nous gratifie ici d’un livre étonnamment rigoureux et démonstratif sur l’avenir de la civilisation occidentale à très court terme. La lecture du premier chapitre, intitulé réflexions préliminaires, est saisissante : la description de l’effondrement de l’occident est si réaliste qu’on y croit… Difficile d’imaginer une entrée plus remarquable dans le club — restreint mais de moins en moins fermé — des “catastrophistes”.

Pierre Thuillier est historien et philosophe des sciences. Il enseigne à l’université de Paris VII et a longtemps été responsable de rubrique à la revue La recherche, pour laquelle il a rédigés de nombreux articles, recueillis ensuite dans plusieurs livres antérieurs à celui-ci.
Cet essai, sérieux par son propos mais ne dédaignant pas l’humour à l’occasion, est bâtis sur une trame de science-fiction : il s’agit d’un rapport prétendument rédigé par un groupe de travail et publié en 2081, qui traite donc d’un évènement historique, qui se situe dans notre proche avenir, pour nous qui vivons en l’an de grâce 1996. Et quel évènement ! Rien de moins que l’implosion de l’Occident. Le livre multiplie les citations d’auteurs très divers, mais reste lisible car Pierre Thuillier a pris le parti de n’introduire aucune note de bas de page. Parmi les auteurs cités, une place spéciale doit être réservée au Professeur Dupin, inspirateur du Groupe de travail et ayant vécu dans la première moitié du XXIème siècle, que l’on peut considérer comme tenant le rôle de porte-parole de l’auteur.

La thèse centrale est simple : l’échec de l’Occident est avant tout culturel, et il s’apprête à mourir à cause de la cécité qui l’aveugle sur ses propres réalisations. Les sciences, la technique, l’économie, la vie urbaine figurent parmi les princi-pales croyances que la civilisation occidentale s’avère être incapable de remettre en cause. Thuillier cite Durkheim : une société est constituée “avant tout par l’idée qu’elle se fait d’elle-même”.(P. 26) Le drame de la société occidentale est qu’elle se fait d’elle-même une idée radicalement fausse. Et pourtant elle suit aveuglement cette progression vers on ne sait quoi, mais qui pourrait ressembler à une catastrophe…
Thuillier insiste, d’une façon surprenante au premier abord, sur l’absence de spiritualité et de poésie dans l’occident contemporain. Il écrit : “si l’Occident s’était effrité, s’il s’était culturellement décomposé, c’était parce qu’il avait fini par perdre tout sens poétique.” (P. 22) Ou encore : “Sans poètes, pas de mythes ; et sans mythes, pas de société humaine ; c’est-à-dire pas de culture.” (P 24) Et de qualifier de poète des auteurs tels que Durkheim, Novalis ou Albert Camus. Levons tout de suite un doute possible : pas de trace, dans ce livre, d’un quelconque obscurantisme, mal-gré cette mise en cause radicale de la science occidentale.

L’auteur cite de nombreux “scientifiques” ou “ingénieurs”, du Moyen-Âge (Roger Bacon) à nos jours (Einstein), en passant par la Renaissance (Galilée ou Léonard de Vinci), esquissant une espèce d’his-toire de la mentalité occidentale, à travers le prisme des sciences et des techniques. Quelque chose comme ça… Et c’est absolument passionnant, entre autre car il s’agit d’une approche dont on n’a pas l’habitude. C’est aussi très instructif. Personnellement, j’ai l’impression, à la réflexion, que nous (occidentaux) connaissons et cernons mal le fonctionnement de notre propre société. Non que je nie l’intérêt des multiples recherches (en sociologie, anthropologie, science politique, philosophie, etc.) qui lui sont consacrées, mais il s’agit d’autre chose, difficile à définir. Par exemple, pourquoi les auteurs qui remettent en cause le développement, à commencer par François Partant — mais on sait qu’il n’est pas le seul — provoquent ils des réactions aussi violentes, malgré leurs arguments pleins de bon sens ? Et ces accusations, Ô combien significatives, de “catastrophisme” ? Peut-être parce que nous préférons le confort de quelques mythes à une réflexion lucide sur une réalité de plus en plus inquiétante… Peut-être aussi parce qu’il n’est pas simple de se persuader que le monde que nous connaissons s’apprête à disparaître. Justement, ce livre fourni toute une série de raisons à cette disparition… Comme me le fait remarquer François de Ravignan dans un courrier récent, bien que raisonnant sur des arguments essentiellement culturels, assez éloignés de ceux des auteurs critiques du développement (la copieuse bibliographie n’en cite aucun), Thuillier arrive à des conclusions étonnamment convergentes avec celles de Partant : l’Occident n’en a plus pour longtemps.

Thuillier estime que tout a commencé au XIIème siècle, dans les phénomènes d’urbanisation qu’on a constaté à cette époque, avec l’apparition d’une nouvelle catégorie sociale : le marchand. Lequel, associé à “l’ingénieur”, a initié cette approche purement matérialiste du monde qui s’est développée en Occident, à travers notamment la science et l’économie. Cette partie du livre est très instructive. On peut aussi la discuter, ce que je ne me risquerai pas à faire. En effet, d’autres théories existent, peut-être complémentaires de celle de l’auteur, peut-être contradictoires (exemple, soufflé encore par F. de Ravignan, celle de La grande transformation, de Polanyi).

Je voudrais terminer en reprenant une anecdote et une citation fournies par Thuillier. Rouget de Lisle, l’auteur de La Marseillaise, a composé en 1821 un Chant des industriels, à la demande de Saint-Simon (qui reste une référence pour la gauche française) Voici un couplet et le refrain :

ses ailes dorées,
L’industrie aux cents mille bras,
Joyeuse, parcours nos climats,
Et fertilise nos contrées.
Le désert se peuple à sa voix,
Le sol aride se féconde
Et, pour les délices du monde,
Au monde elle donne ses lois.
Honneur à nous, enfants de l’industrie !
Honneur, honneur à nos heureux travaux !
Dans tous les arts, vainqueurs de nos rivaux,
Soyons l’espoir, l’orgueil de la Patrie !

Tout y est…
En complément cet autre exellent ouvrage : LA CIVILISATION FEODALE - De l’an mil à la colonisation de l’Amérique.
Jérôme Baschet - Flammarion, « Champs
Une synthèse impressionnante sur l’Europe médiévale, via l’Amérique

Est-il possible de comprendre le long et passionnant Moyen Âge depuis le Mexique, loin des terres européennes, de ses archives et de ses vestiges ? C’est pourtant l’intention périlleuse de l’historien dans ce singulier mais remarquable « détour » américain où se décèlent les dernières « sensations » médiévales chez les Indiens du Chiapas dans leurs rapports au temps, à la terre et dans les liens qui les unissent aux groupes dominants.

Ainsi, forgé à l’aune d’une certaine « expérience d’altérité », ce livre revisite le Moyen Âge (en reprenant l’essentiel des avancées historiques et sociologiques du XXe siècle) et surtout son apport à l’expansion de l’Occident. L’auteur commence par repousser les images d’Epinal ou les caricatures dressées hâtivement depuis les humanistes au XVe siècle ou les philosophes des Lumières au XVIIIe siècle, trop soucieux d’opposer ce « millénaire obscur » à la modernité du présent, voire à la « civilisation » (1). Or, pour Jérôme Baschet, il n’en est rien. Mieux, c’est le Moyen Âge qui annonce et prépare la domination occidentale sur le reste de la planète, bien avant l’âge capitaliste et industriel (2).

Compilation impressionnante, d’une lecture facile, écrite pour des étudiants et lecteurs sud-américains, cette somme digne des synthèses médiévales n’a fait l’objet que de légères retouches dans sa version française, « en un temps, selon l’auteur, où la pensée ambiante proclame la fin des grands modèles d’interprétation et se complaît dans les métaphores de l’archipel et de la fragmentation. »


Le Moyen Âge central (XI-XIIIe siècle), moment décisif de l’essor occidental

Remettant en cause dans son introduction, à la suite de son « maître » Jacques Le Goff (3), l’idée d’une immobilité et d’une anarchie millénaires et tout en secouant les bornes chronologiques communément admises, l’historien part de l’an mil qui marque le début du Moyen Âge central (XIe-XIIIe siècle), époque de transformations décisives pour clore son étude par le bas Moyen Âge (XIVe-XVe siècle). Dans cette durée s’élaborent les trois mouvements de l’expansion de l’Occident qui sont militaire, économique et religieux (voir la carte de l’Europe indiquant les forces centrifuges, page 41).

Dans une première partie, Jérôme Baschet s’interroge sur la mise en place et le dynamisme de la chrétienté féodale. Dans une deuxième partie, il analyse les structures fondamentales de la société médiévale (le temps, l’espace, la logique du salut, la personne humaine, la parenté, les images). Chaque chapitre se termine par une brève conclusion et s’appuie sur une bibliographie sélective et rapidement présentée en fin d’ouvrage. Judicieusement choisis et commentés, de nombreux documents iconographiques (on regrette l’absence de couleurs dans la présente édition) illustrent et enrichissent l’analyse historique.

L’un des grands mérites du livre est de bousculer notre perception du passé pour en révéler les limites ou les fragiles certitudes. L’année 1492 qui figure à juste titre comme une date fondamentale dans tous les manuels scolaires ne doit pas être vue, sous « l’effet magique » de la Renaissance, comme une coupure entre le Moyen Âge et les Temps modernes mais au contraire comme le prolongement d’une époque et d’une expansion qui ne séparent pas la conquête de la Reconquista (4). Lorsque les Espagnols abordent les rivages du Nouveau monde, ils sont encore largement imprégnés de valeurs et d’une vision du monde médiévales. Ils « explorent les terres américaines dans l’attente d’y voir se matérialiser la géographie imaginaire du Moyen Âge. »


L’Eglise est « la principale force motrice du féodalisme » (Alain Guerreau)

C’est la combinaison des systèmes ecclésial et féodal qui fondent les ressorts de l’expansion de l’Occident selon l’historien. Si la domination des « seigneurs locaux » a été pesante sur les « forces productives » (créant un véritable « encellulement », c’est-à-dire un encadrement des dominés), elle a néanmoins favorisé un dynamisme des communautés villageoises qui ont pu améliorer leur sort au XIIIe siècle. Cette « domination équilibrée », basée sur l’interdépendance des trois ordres de la société, était efficace en permettant un accroissement démographique et productif sans précédent dans l’histoire de l’Occident. Aussi, l’essor commercial et urbain perceptible au XIe siècle ne doit pas être séparé ou opposé au féodalisme. Au contraire, il en est un composant essentiel.

C’est l’Eglise qui a permis, à la fois, de donner une cohérence aux forces sociales en jeu par sa « rigueur ambivalente » (5), de constituer le sentiment d’une unité continentale (la chrétienté comme civilisation) et de forger une prétention à l’universalité non exempte d’intolérance. Idée contenue dans l’Evangile (Marc 16, 15 : « allez dans toute la terre et prêchez l’évangile à toutes les créatures »), c’est à partir du XIe siècle que s’affirment la puissance missionnaire et l’idéal de conquête de l’Occident chrétien, lorsque l’Eglise et le féodalisme permettent, enfin, de libérer les forces productives et humaines en expansion (6).

Soumis aux critiques éclairées et bienveillantes de Jacques Le Goff, de Jean-Claude Schmitt, d’Anita et d’Alain Guerreau pour ne citer que les chercheurs les plus emblématiques, on ne saurait donc que trop conseiller cette « anthropologie historique », fruit d’une grande rigueur intellectuelle. Certainement, un sésame et un pilier des études médiévales.


Mourad Haddak


(1) Pour l’historien, « le Moyen Âge porte jusque dans son nom les stigmates de sa dévalorisation. Medium tempus, medium aevum […], c’est l’âge du milieu, un entre-deux qui ne saurait être nommé positivement, une longue parenthèse entre une Antiquité prestigieuse et une époque nouvelle, enfin moderne ».

(2) « Si l’Europe se lance à l’assaut du monde à partir du XVIe siècle, écrit Jérôme Baschet, ce n’est pas parce qu’elle aurait inventé le capitalisme, mais bien d’abord parce qu’elle a inventé le féodalisme. »

(3) Jacques Le Goff, à qui est dédié le présent ouvrage, a avancé l’idée d’un long Moyen Âge (malgré les tensions et contradictions internes rendus inévitables par ce découpage) allant du IVe au XVIIIe siècle, depuis la fin de l’Empire romain jusqu’à la Révolution industrielle. Cette période d’environ quinze siècles serait unie en partie par les mentalités rurales, religieuses et féodales qui structurent alors les sociétés européennes. Selon cet historien, la prétendue modernité des Temps dits modernes serait ainsi « à ranger parmi les vieilles lunes. »

(4) « Dès que fut achevée la conquête sur les Maures […] commença la conquête des Indes, de sorte que les Espagnols furent toujours en lutte contre les infidèles et les ennemis de la foi » écrit ainsi le chroniqueur López de Gómora en 1552.

(5) Le système ecclésial a constamment recherché, grâce à sa formidable plasticité, l’articulation des contraires, des oppositions (les différents temps sociaux, le Bien et le Mal, le paganisme et le monothéisme, les rapports du charnel et du surnaturel ou les rapports des hommes à la nature par exemple). Sans tomber dans l’angélisme, l’espace du débat et donc des solutions, inscrit dans un cadre rigide et défini par l’Eglise, a souvent été possible (voir la célèbre controverse de Valladolid en 1550 entre Bartolomé de Las Casas et Juan Ginés de Sepúlveda sur l’appartenance ou non des Indiens à l’espèce humaine).

(6) « Qu’en aurait-il été, d’après l’auteur, de la conquête de l’Amérique sans cette idéologie universaliste ? Au reste, la folle entreprise de Colomb était nourrie du désir non seulement de libérer Jérusalem avec l’or rapporté des Indes, mais aussi de convertir le Grand Khan. »  

http://www.boojum-mag.net/f/index.php?sp=liv&livre_id=1356


Dernière édition par KrAvEuNn le Lun 15 Mar 2010 - 14:26, édité 4 fois

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Re: (Livre] La grande implosion - Rapport sur l'effondrement de l'Occident (Pierre Thuillier)

Message par Andros le Mar 1 Mai 2007 - 18:04

Ca doit être intéressant comme bouquin ! Je me demande si on le trouve encore, tiens.

Je souscris aussi à la faillite culturelle de l'Occident, mais ca date déjà de la Grande Guerre en fait.

J'ai lu je ne sais où (peut-être ici...) qu'une couverture de magaizne genre "parents" avec un bébé en train de téter avait déclanché une vague d'indignation aux Etats-Unis.

Autant je crois qu'en Europe (et surtout en France) il y a une certaine intertie voire méfiance envers la culture de masse (Télérama c'est aussi de la culture de masse, mais d'une autre masse), autant aux Etats-Unis je suis persuadé qu'on va bientôt voir la fin d'une culture artificielle et schizophrène, basée sur le mensonge et le déni de l'émotion (notamment de la sexualité)

Je crois que ca correspond à leur vision du monde, qui provient des cultures protestantes et juives - je m'inspire pour cela d'une réfléxion de CG Jung, qui disait qu'il n'avait quasiment que des protestants et des juifs comme clients (il était psychanalsyte).

Il expliquait cela par la subsistance d'une vision magique du monde chez les Catholiques, ainsi que par la pratique de la confession.

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Re: (Livre] La grande implosion - Rapport sur l'effondrement de l'Occident (Pierre Thuillier)

Message par KrAvEuNn le Mar 1 Mai 2007 - 18:22

Andros a écrit:Ca doit être intéressant comme bouquin ! Je me demande si on le trouve encore, tiens.
Je confirme, il est toujours dispo, mais épuisé en poche (sources de la semaine dernière).

aux Etats-Unis je suis persuadé qu'on va bientôt voir la fin d'une culture artificielle et schizophrène, basée sur le mensonge et le déni de l'émotion (notamment de la sexualité)

Je crois que ca correspond à leur vision du monde, qui provient des cultures protestantes et juives - je m'inspire pour cela d'une réfléxion de CG Jung, qui disait qu'il n'avait quasiment que des protestants et des juifs comme clients (il était psychanalsyte).

Il expliquait cela par la subsistance d'une vision magique du monde chez les Catholiques, ainsi que par la pratique de la confession.
Les cathos aussi vont chez le psy Smile
toutefois, n'oublions pas que l'idéologie dominante de l'occident et maintenant d'une bonne partie du monde n'est plus la religion, mais le matérialisme (économique et scientiste) clind'oeil

Je vais essayer de développer ici les thèses de thuillet et consort et esquisser une fiche de lecture assez complète de "la grande implosion" (patience, se sera long).

Ce livre est pour moi indispensable (et à la fois éclairant et pertinent) pour comprendre ce monde (civilisation moderne) et mieux en déterminer les tenants et les aboutissants ; toutefois, comme tout livre, il en revient au lecteur de rester critique et vigilent : ce livre reflète la pensée d'un homme et son interprétation du monde occidental et en ce sens, il n'est pas la vérité vrai, mais une tentative d'analyser une réalité clind'oeil

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Re: (Livre] La grande implosion - Rapport sur l'effondrement de l'Occident (Pierre Thuillier)

Message par KrAvEuNn le Mer 2 Mai 2007 - 16:52

Salut,

Pour vous faire patienter un peu ; quelques fils de discussion à travers la toile et traitant du livre "la grande implosion" :

sur la brigade antipub
sur décroissance.info
Le fil le plus long et mouvementé de tous : oléocène
oléocène-la fin du capitalisme
Voila, beaucoup de lecture en percpective clind'oeil

Edit : Ceci est une fiche de lecture perso issu d’une sélection très partiale de la lecture de l’ouvrage en question et en ce sens elle ne retient que ce qui m’a semblé important ; de plus elle ignore certaines infos qui me paraissaient, lors de sa conception, d’une telle évidence que je ne les ai pas reprises. Une autre personne eut donc probablement, à ma place, fait une toute autre fiche ; toutefois, je la pense assez fidèle à l’auteur et au sens général de l’ouvrage. Les phrases citées sont bien entendu sorties de leur contexte et cette fiche de lecture ne remplacera jamais la lecture du livre lui-même.

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Re: (Livre] La grande implosion - Rapport sur l'effondrement de l'Occident (Pierre Thuillier)

Message par KrAvEuNn le Mer 2 Mai 2007 - 22:37

Première partie :

La grande implosion – rapport sur l’effondrement de l’Occident :
Pierre Thuillier (édition Fayard).


Les occidentaux pensent que leurs crises peuvent être résolues dans le cadre du système existant.

Causes de la grande implosion française : les manifestations les plus grotesques du culte du progrès, les délires de la gestion technocratique, la paranoïa des prétendus élites informatico-organisationnelles, l’impérialisme sans borne des institutions économiques et financières, la recherche obsessionnelle de la mécanisation de l’automatisation, les aspects répressifs du rationalisme occidental et de la science (inséparables), l’incapacité des instances dirigeantes (industrielles et étatiques) à conduire humainement les entreprises dont elles avaient la charge, le manque d’imagination, de sensibilité et de chaleur qui avait fini par caractériser l’activité de tous les partis politiques, la formidable montée de l’individualisme, les pièges de la culture de l’information et de la communication tant vanté par divers sociologues et médiatologues, l’aggravation des déséquilibres Nord-Sud, les risques d’explosions et d’implosions engendrées par la prolifération des exclus, etc.

Il faut prendre les mesures qui s’imposent, approfondir les analyses, remettre en question nos coutumes, croyances et institutions.

Toute culture naît de certains choix et, pour le meilleur comme pour le pire, va jusqu’au bout de ces choix.

Les occidentaux des années 80 et 90 sont en réalité dépourvus de toute culture, du moins si on admet qu’une véritable culture présuppose une ferme conception de l’homme et de la société.

Les « modernes » sont tellement dépourvus de sensibilité qu’ils sont incapables de penser l’avenir en d’autres termes que platement économiques ou technocratiques. Que l’ensemble du système ait perdu toute finalité proprement humaine leur échappait (surtout ne les intéressait pas).

Selon nous une société n’est morte que lorsqu’elle est détruite physiquement ; mais le délabrement d’une civilisation est d’abord intérieur.

Toutes les civilisations sont mortelles ; les hommes du XXième siècle n’auront pas été plus lucides que les anciens (romains, grecs…)

Les politiciens, responsables de l’économie, les technocrates et les décideurs en général se croyaient informés, conscients et compétents. Formules consacrés : information, contrôle, prévision, prospective, organisation, planification, rationalisation, gestion des risques, stratégie à moyen et long terme, etc.…faisaient croire aux élites dirigeantes qu’elles étaient capables d’assurer la survie du système et du bonheur des français ; elles ont été complètement dépassées par les évènements.

L’Occident consacre beaucoup d’intelligence et d’efforts à la manipulation matérielle des choses, mais se révèle incapable d’affronter les questions relatives à la vie humaine.
L’Occident se décompose culturellement.

« Seul un horizon circonscrit par des mythes confère son unité à une civilisation ! » (Friedrich Nietzsche) ; sans mythes il n’y a pas de culture et donc pas de société.

« Pour que la société ne croule pas, il faut un principe de cohésion et par conséquent une croyance commune ! » (Frédéric Amiel).

« Seul l’homme a la faculté de concevoir l’idéal et d’ajouter au réel ! » « La faculté d’idéaliser n’est pas une sorte de luxe dont l’homme pourrait se passer, mais une condition de son existence ! » « Une société n’est pas simplement constituée par la masse des individus qui la composent, par le sol qu’ils occupent, par les choses dont ils se servent, par les mouvements qu’ils accomplissent, mais avant tout, par l’idée qu’elle se fait d’elle-même ! » (Emile Durkheim).

L’être humain ne peut véritablement acquérir le statut de personne qu’en participant à une culture, c'est-à-dire en puisant des forces dans une foi commune. Une foi est avant tout chaleur, vie, enthousiasme, exaltation de toute l’activité mentale, transport de l’individu au dessus de lui-même. Les croyances ne sont actives que quand elles sont partagées.

Une société n’a de culture qu’à partir du moment où elle est capable de mobiliser autour de certains idéaux, de certains mythes, de certaines croyances. Avoir une culture c’est savoir se situer par rapport : à l’univers et aux autres hommes, au passé et à l’avenir, au plaisir et à la souffrance, à la vie et à la mort.

L’occident à détruit tous les grands mythes et croyances successibles de donner un sens à l’existence humaine ; elle avait mis fin aux débordements de l’imagination poétique et réduit à néant tout projet spirituel ; il avait disqualifié toutes les mythologies en les réduisant à de simples superstitions.

L’Occident se jugeait « supérieur » parce qu’il croyait posséder la raison. Etre civilisé c’était être rationnel. Il revenait à la science d’enseigner seule la fin et la foi. Le verbe croire devait disparaître. La poésie était irrationnelle et donc devait disparaître. Nous avons sacrifiés la sensibilité à la rationalité et renoncés à donner un sens poétique à la vie.

Les femmes sont jugées comme psychologiquement religieuses, donc le vrai rationaliste devait effacer en lui toute trace de féminité. Condamner la féminité revient à nier l’importance du sentiment, de l’affectivité. Comment construire une société réellement humaine sans donner à l’affectivité une place centrale ?

Le vrai civilisé devient l’homme qui porte un regard froid, analytique, « masculin » sur le monde. Le poète et la femme incarnent le pôle négatif d’une société dominée par les figures culturelles du savant, du technicien et du technocrate.

« L’œuvre civilisation est devenue de plus en plus l’œuvre des hommes ! » (Freud) Les femmes ne tardent pas à contrarier le courant civilisateur ; elles exercent une influence tendant à le ralentir et à l’endiguer. La femme avait été reléguée au second plan par les exigences de la civilisation.

« L’homme n’est homme que lorsqu’il est triple ! » : homme-femme-enfant (texte hindouiste) ; un homme purement masculin (ou une société) est mutilé.

La raison n’est qu’une faculté humaine parmi d’autres ; réclamer pour elle un prima absolu, c’est un abus de pouvoir.

L’homme n’est pas seulement un producteur-consommateur, mais une créature sensible, imaginative, affective et spirituelle.

Une culture est une œuvre d’art. Une société industrielle n’est qu’une fourmilière hyper-rationnalisée.

Suite au prochain épisode clind'oeil

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Re: (Livre] La grande implosion - Rapport sur l'effondrement de l'Occident (Pierre Thuillier)

Message par KrAvEuNn le Jeu 3 Mai 2007 - 14:04

« L’industrie produit la richesse, mais la richesse mal distribuée engendre tous les vices et toutes les misères. La science amasse une immense érudition de faits, de découvertes, d’importantes vérités ; mais la science absorbée par les détails et privée de la vue d’ensemble, devient la plus aveugle des cécités et la science sans charité produit tous les doutes et toutes les misères morales ! » (Pierre Leroux).

Les musées contiennent les vestiges de civilisations mortes ; savons nous encore ce qu’est un art vivant ?

« Les bouleversements déclanchés par la civilisation industrielle en expansion : l’humanité est entraînée vers une civilisation mondiale, destructrice de ses vieux particularismes auxquels revient l’honneur d’avoir créé les valeurs esthétiques et spirituelles qui donnent son prix à la vie et que nous recueillions précieusement dans les bibliothèques et dans les musées parceque nous nous sentons de moins en moins capables de les produire ! » (Claude Lévi-Strauss).

L’art n’est pas qu’un simple ornement ou « produit de beauté », mais l’expression d’un projet spirituel.

« Jamais on ne s’occupe autant de la politique que lorsque la politique est anéantie ! » (Pierre Leroux).

Créer un type d’homme exige qu’on crée un imaginaire, donc des images fortes qui stimulent et orientent.

Mots d’ordre du rationalisme : analyse, rigueur formelle, froideur. Raisonner, à la limite, se réduit à calculer, à enchaîner mécaniquement des propositions, à opérer des déductions.

« La raison n’a qu’un seul moyen d’expliquer ce qui ne vient pas d’elle, c’est de la réduire à néant ! » (Emile Meyerson).

« Malgré sa puissance précise, le soir européen est lamentable et vide ; vide comme une âme de conquérant ! » (Malraux).

« L’homme ne sait plus dire un seul mot sur le berceau, ni sur la tombe ; la statistique y a remplacé la religion et la poésie : quand un homme naît, quand un homme meurt, on inscrit son nom sur un registre ! » (Pierre Leroux).

« Partout ailleurs, l’homme a eu la sagesse d’organiser sa conception de l’univers en tenant compte de la mort et non en l’ignorant : il a sus garder cette sagesse aussi longtemps qu’il n’a pas croisé sur sa route la folie de l’occident ! » (Jean Servier).

« Notre société dissimule la mort parcequ’elle n’a rigoureusement rien à dire sur elle. Ses finalités sont la recherche de jouissance, de satisfaction des besoins matériels. La mort est donc la chose qui gâche la vie ; quand on a plus sur elle une pensée cohérente, on ne peut que l’escamoter ! » (Pierre Chaunu).

« A la télé, un jour sans meurtre serait un jour sans pain ! » (André Malraux).

L’occident, à force de dénoncer l’irrationalité des mythes, avait multiplié les frustrations. Les élites n’avaient même plus suffisamment de sensibilité pour saisir la signification de certaines résistances, de certaines protestations auxquelles elle se heurtait.

Les manifestations de mysticisme ont un sens (astrologie, voyance, nouvelles croyances) : elles visent à rétablir un dialogue entre les hommes et l’univers (état spirituel de manque) ; c’est un signe de détresse.

« La dernière démarche de la raison est de reconnaître qu’il y a une infinité de chose qui la dépasse ! » (Blaise pascal).

« Si l’homme est respectable, c’est d’abord comme être vivant plutôt que comme seigneur et maître de la création : première reconnaissance qui l’eut contraint à faire preuve de respect envers tous les êtres vivants ! » (Claude Lévi-Strauss).

Le grand échec des occidentaux ce n’est pas qu’ils n’aient pas su trouver les solutions ; c’est qu’ils n’aient pas été capables de percevoir les problèmes.

Il est rare que les autorités abordent le phénomène de la drogue autrement qu’en termes médicaux, juridique ou policiers. L’utilisation massive des psychotropes témoigne d’une impuissance ; tandis que le suicide et la délinquance finissent par être considéré comme un problème technique.

Des savants discutent sérieusement pour savoir si les ordinateurs oui ou non pensent.

La poésie est la base de la société.

Comment les décideurs peuvent-ils croire que qu’ils résoudraient le problème écologique de la pollution de la nature sans régler le problème de la pollution publicitaire : ces deux dégradations sont indissociables. Descartes disait : « diviser les difficultés en autant de parcelles qu’il se pourrait et qu’il serait requis pour les mieux résoudre ! » ERREUR. En dissociant jusqu’à l’absurde nature et culture, ont multiplie les institutions spécialisées et on va d’échecs en échecs.

On lutte contre les violences physiques, mais on ignore d’autres formes de violences, qui sont donc tolérées : mesures technocratiques, administratives, fiscales, policières, etc.…ou bien les effets d’une organisation économique, présentée comme rationnelle et où la prolifération des chômeurs et des exclus est traitée par les experts et les responsables, comme la fatalité de l’inéluctable mondialisation.

Volonté sans cesse affichée de tout orienter et de tout contrôler de façon consciente = vaste répression de la partie infractionnelle de la psyché.

« La prétention de la conscience a être la totalité de la psyché. Les rationalistes avaient réduits l’inconscient à un appendice inessentiel. L’inconscient est une sphère du psychisme qui ne se laisse domestiquer qu’en apparence, et toujours pour le plus grand dommage de la conscience ! » (Carl Jung).

« Un groupe humain a besoin de quelque chose qui est de l’ordre du divin, du pressenti, de l’insaisissable ! » (Amiel).

Le français est dénué d’esprit politique parcequ’il est sans desseins, sans idoles…absence de grands sentiments.

Pour la CEE, seul les problèmes économiques et organisationnels existent ; dignité, justice, amour sont secondaires.

« Tous les pays qui n’ont pas de légende sont condamnés à mourir de froid ! » (Patrick de La Tour Lin).

« La civilisation n’est point chose sociale mais psychologique. Il n’en est qu’une qui soit vrai : celle des sentiments ! » (Malraux).

A suivre...

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Re: (Livre] La grande implosion - Rapport sur l'effondrement de l'Occident (Pierre Thuillier)

Message par KrAvEuNn le Jeu 3 Mai 2007 - 23:20

« Le moderne tout enfariné de solidarité, ignore tout ce qu’est vraiment la solidarité organique ! » (Péguy).

L’Occident a inventé l’humanitaire, quel aveu, car cela signifie que l’activité sociale et politique, dans des secteurs entiers, se déployait précisément en dehors de toute préoccupation humanitaire ; (95% d’inhumanitaire et 5% d’humanitaire).

C’est au sein de la vie sociale, au cœur des activités les plus quotidiennes, que se forgent les messages et les moyens de la communication ; celle-ci se réalise de l’intérieur et non grâce à des communicationnistes spécialisés.

En rationalisant férocement les activités humaines, nous avons appauvri à l’extrême les rapports sociaux. La multiplication des machines (distributeurs automatiques, contrôle automatique, etc.) favorise la réduction des occasions de dialogue.

On multiplie les organisateurs : « pourquoi recréer artificiellement des relations sociales alors qu’il suffisait simplement de ne pas les supprimer toute avec une automatisation tout azimut qui brise les milles fils du lien social et accroît la solitude ? » (Wolton).

Il y a dans toute pensée rationnelle une dimension symbolique qui reste aveugle à elle-même.

La plupart des théories scientifiques sont issues de mythes. « la pensée scientifique n’est qu’une forme plus parfaite de la pensée religieuse ! » (Emile Durkheim).

C’est parceque l’on croyait que le militantisme écologique était opposé au progrès scientifique et industriel que l’écologie due être soumise au contrôle des hommes de science (elle était considérée comme irrationnelle).

L’adage : « on ne peut pas aller contre le progrès ! » montre l’orientation de la société.

Les disciples de Freud défendaient le progrès en faisant comprendre que des seuls êtres anormaux pouvaient avoir peur des innovations techniques ; ils étaient jugés comme étant régressifs et leur symptômes s’apparentaient au refoulement du père, au refoulement oedipien et érotique, ils étaient accusés de faire de la résistance au changement technique.

Depuis ses débuts, l’humanité a toujours fait des progrès ; mais c’est le culte du progrès, de la recherche délibérée, systématique et incessante du perfectionnement et de la nouveauté qui est à condamner.

Deux grandes croyances : tout esprit rationnel à le droit de pratiquer le culte du progrès et cette conduite conduit inévitablement au bonheur et même à la vertu (lol).

On a tendance à considérer que l’homme marche depuis ses origines vers des états de plus en plus parfaits ; demain serait plus beau qu’aujourd’hui.

La philosophie du progrès est de croire qu’il existe une science qui peut prévoir les progrès de l’espèce humaine, les diriger et les accélérer.

Transformer l’être humain, c’était le civiliser.

Pour idolâtrer la prétendue civilisation, il fallait simultanément affirmer l’infériorité des autres cultures.

La doctrine du progrès impliquait la négation ou la dépréciation de tous les mythes « primitifs » ; le passé culturel de l’occident lui-même était rayé. Ce massacre était fondé en raison, scientifiquement validé par une loi générale de la nature. En adoptant des dogmes progressistes, l’Occident s’était condamné à ne même plus pouvoir réparer ses erreurs.

« il n’est de vrai progrès que du mesurable ! » disait-on ; mais le mesurable en Occident c’était essentiellement l’argent ; d’où confusions entre « bonheur » et « niveau de vie ». L’occidental s’imaginait par exemple que s’il triplait son niveau de vie il deviendrait trois fois plus heureux.

« Peu à peu, les préjugés commerciaux se dissiperont. Un faux intérêt mercantile perdra l’affreux pouvoir s’ensanglanter la Terre et de ruiner les nations sous prétexte de les enrichir ! » (lol) (Condorcet).

La consommation devient le but ultime de la vie ; alors qu’elle aboutit à la multiplication des pratiques de surconsommation et à l’organisation délibérée du gaspillage.

« Matraquages publicitaires systématiques , limitation intentionnelle de la durée de vie d’un objet, l’objet idéal (jetable et remplaçable par un nouvel achat) ; tous les moyens sont bons ! » (André Clément Découflé).

Surconsommer c’est appartenir à la catégorie des consommateurs privilégiés, celle des gaspilleurs.

Maintes innovations étaient avant tout conçues pour enrichir entrepreneurs et commerçants, elles n’apportaient rien d’humainement important ; (la lessive X lave plus blanc que blanc). Avec le produit dit écologique, consommer devient une bonne action (lol).

« Tout accident de la route « enrichit » le produit national brut en proportion exacte des destructions indemnisables qu’il a provoqué et des dépenses entraînées pour en effacer les traces. Toute les catastrophe, dés lors qu’elles entraînaient des dépenses avaient l’heureux effet d’accroître le produit national brut (= plus de croissance). La prévention coûtant plus cher parfois que les éventuelles indemnisations, on y renonçait.

Ce qui mettrait fin aux drames de la drogue, ce n’est pas sa libre commercialisation, mais l’apparition d’une société moins froide, moins sinistre, moins frustrante. Le développement de la drogue va de pair avec le refus de la société rationnelle, industrialisée, mercantile.

La pharmacomanie (utilisation des psychotropes) est une forme instituée de toxicomanie, surveillée et entretenue par le regard médical ; sans plaisir ni recherche mystique, poétique ou religieuse. C’est une fuite du monde extérieur. En fait, c’est aux défaillances et aux misères de leur propre civilisation que les civilisés étaient confrontés.

Dans les années 60 et 70, les drogués avaient une recherche mystique ; ce n’est plus le cas de nos jours. Le mouvement psychédélique : « exprimait la contestation de la modernité ! » (Olivier Julliard), de ses valeurs rationnelles et productivistes, incapables de soutenir une véritable sociabilité et de favoriser l’épanouissement personnel de chacun.

La croyance en une « conscience planétaire » laisse croire que les progrès de la communication et de l’information vont enfin permettre aux hommes nouveaux d’élargir immédiatement leur conscience et se hisser à un niveau moral suppérieur.

Avec la dispersion des caméras, on privilégie le lointain jusqu’au lointain. L’individu développe sa « conscience planétaire » devant sa télé ; rien ne lui échappe ; ce phénomène avait-il eut les effets escomptés ? Les hommes de progrès vivaient-ils vraiment sur la même planète que les miséreux ?

La surproduction désigne une situation où les marchandises offertes ne trouvent pas d’acheteurs solvables (les non solvables, les pauvres, étaient donc exclus du monde du progrès). Les riches devenaient toujours plus riches et les pauvres plus pauvres.

Notion de réalité dédoublée : d’un côté il y a le petit monde des intérêts les plus immédiats (argent, consommation, confort, sécurité, etc.) ; de l’autre, l’univers abstrait, désincarné et faussement réaliste que leur fabriquait la télévision (celle-ci n’est pas un miroir-objectif, car les responsables y sont obligés de faire des choix, des sélections, passer des choses sous silence, etc.) C’est d’abord l’idée d’information objective qui était illusoire ; on ne peut pas ingénument croire pouvoir échapper à la nécessité d’interpréter les faits, de leur donner un sens en les intégrants dans un cadre « mythique ». Beaucoup d’images « réalistes » reflétaient surtout les fantasmes et les obsessions des sociétés avancées. Le « réel » était un réel analysé et reconstruit en fonction des besoins et des catégories mentales propres à l’Occident.

Les démissions sociales et politiques sont avant tout l’expression d’un vaste phénomène de déréalisation. La recherche du progrès avait détérioré et même détruit les cadres de référence indispensables à des relations vraiment humaines.

Le mot risque est devenu l’un des mots clés de la civilisation moderne (naturels, technologiques, etc.) ; les risques naturels étaient moins bien maîtrisés et de plus, l’occident multipliait à plaisir les risques technologiques ; il jouait continuellement avec le feu : empoisonner, polluer, détruire, c’est le quotidien. Des systèmes d’assurance rendaient les risques de pollution pétroliers supportables. L’occident multiplie les risques.

« La crainte du danger est mille fois plus terrifiante que le danger présent et l’anxiété que nous cause la prévision du mal est plus insupportable que le mal lui-même ! » (Daniel Defoe).

Sans cesse, il s’agît d’esquiver des menaces et de se « défendre » ; comment éviter : d’être volé ou agressé, éviter les conséquences d’une dévaluation, d’un krach, comment se protéger contre les pollutions, lutter contre la drogue, résister à la concurrence, à l’immigration, désamorcer les banlieues explosives ?

« La raison elle-même est un produit plutôt qu’une cause de l’évolution culturelle ! » (Marcel Mauss).

Toute culture se développe à partir de certains choix plus ou moins conscients (actes fondateurs).

« Le civilisé des villes immenses revient à l’état sauvage, c'est-à-dire isolé, parce que le mécanisme social lui permet d’oublier la nécessité de la communauté et de perdre les sentiments de lien entre les individus autrefois réveillés incessamment par le besoin ! » (Paul Valéry).



Fin de la première partie (analyse de la situation) ; nous allons maintenant développer les cinq prochains chapitres (homo urbanus, homo économicus, homo corruptus, homo technicus et homo scientificus). C’est ici que débute la partie la plus fascinante de l’ouvrage de Pierre Thuillet : l’analyse de l’origine et du développement du monde moderne. (Pour les courageux qui m’ont lu jusqu’ici, j’en suis ici au tiers de ma fiche de lecture…courage clind'oeil )

A suivre…

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Re: (Livre] La grande implosion - Rapport sur l'effondrement de l'Occident (Pierre Thuillier)

Message par KrAvEuNn le Sam 5 Mai 2007 - 12:46

Chapitre I : Homo Urbanus.

Les origines de la modernité sont à chercher au Moyen-Âge, un peu après l’an mille, lorsque l’occident avait inventé un nouveau type de ville et de culture urbaine (grande mutation urbaine). L’Occident moderne est né dans les villes et il y est mort. La ville a engendré la figure centrale de la nouvelle culture : le bourgeois.

La grande implosion sera un phénomène largement urbain : misère, chômage, stress, délinquance, drogue, violences (surtout dans les ghettos et les banlieues désocialisés).

C’est dans la ville que se sont forgées les valeurs de la culture bourgeoise, de la culture moderne.

« Dans chaque civilisation, la ville a sa « loi interne propre » ; la communauté urbaine, au sens plein du terme, n’est apparue comme phénomène massif qu’en occident ! » (Max Weber).

Ni dans l’antiquité, ni en orient n’était apparu un authentique bourgeois (homo économicus), une créature urbaine essentiellement vouée au commerce et à l’industrie. C’est au Moyen-Âge que s’est nouée l’alliance entre le marchand, l’artisan et le changeur, dans les bourgs, les communes et les villes franches.

Cette transformation de l’Europe avait impliquée une foule de changements économiques, techniques, sociaux, politiques et spirituels fort complexes. Les différents pays s’étaient développés selon les mêmes rythmes.

Dans le Moyen-âge profond, la vie s’était organisée autour des châteaux et des monastères.

Dès de VIième siècle et surtout à partir du VIIIième siècle, eu lieu la révolution agricole et c’est vers les Xième et XIième siècle que ses pleins effets s’étaient fait sentir (amélioration des techniques agricoles déjà existantes et généralisation de leur utilisation).

Non seulement ces innovations ont accru la production de nourriture, mais tout système technique a ses exigences : deux bœufs suffisaient pour tirer l’araire, mais pas pour la charrue lourde (il en fallait huit). Il fallait donc que les paysans se regroupent, s’associent pour exploiter au mieux les ressources de cet outil. Avec l’araire, le paysage fut remodelé ; labourés de long en large, les champs prenaient une forme carré ; avec la charrue lourde, ils s’étirèrent en de longues bandes (nécessité de remembrement et de défrichage).

Les bœufs étaient lents et le paysan devait vivre prêt de ses terres ; l’avènement du cheval changea cela et beaucoup de fermes isolées furent abandonnées et leurs habitants se réunirent dans des hameaux.

Le travail devenait plus facile ; l’esprit devint plus libre. L’homme se séparait de la nature et en devenait le maître.

Essor démographique et expression de la chrétienté, défrichement et recul des frontières menèrent à la révolution urbaine. Les succès de l’agriculture (ravitaillement des villes surpeuplées), avaient rendu possible la grande mutation qui allait changer la face de l’Occident. Les premières nouvelles villes apparurent entre le XXIIième et le XXIIIième siècle.

Entre le Xième et le XXIIième siècle, c’est la reconnaissance du commerce et le moment où la ville devient la place forte du marchand. Les échanges locaux et internationaux se développent.

Du XIième au XIIième siècle, l’Europe fut en pleine fermentation et l’agent de celle-ci fut le bourgeois ; bien que son groupe n’englobait qu’une fraction de la population urbaine, il devint le grand groupe social dominant.

Faire de la politique, c’est travailler à la réalisation d’un projet social et culturel ; c’est donc s’appuyer sur une certaine question de l’homme ; or le bourgeois en ce fait faisait de la politique (organisation de l’univers en fonction des exigences du commerce – idéal de profit et de rendement – pratique de gestion – faire fonctionner des marchés aussi lucratifs que possible – produire, vendre, investir, consommer). Dés les origines, le bourgeois a conçu l’organisation sociale et juridique de sa ville dans un esprit utilitaire essentiellement.

Premier souci du marchand : s’assurer des droits et des privilèges, émanciper les communes ; les marchands et les banquiers (pères fondateurs de l’Occident) ont sapés l’organisation collective qui ne leur convenait pas.

Dès ses débuts, l’Occident avait oublié la question essentiel qui est : « quel type d’homme voulons nous créer ? »

Les bourgeois, en s’affirmant contre les nobles et les ecclésiastiques ne cherchaient pas à faire régner de nouvelles valeurs, mais à obtenir des conditions favorables à leurs négoces (acheter et vendre librement). Ils rêvaient davantage de créer l’Etat moderne complice des marchands et des manieurs d’argent et ceci afin de circuler et d’échanger librement, pour payer moins d’impôts et échapper au contrôle des autorités en place, pour contrôler la production des biens et les circuits monétaires.

« Si les bourgeois avaient soutenus la monarchie, c’était que son intérêt était d’assurer la sécurité nécessaire à la libre circulation des marchandises sur un grand marché national et favoriser la régulation de la production ! » (Jean William Lapierre).

Négociations financières et juridiques faisaient bon ménage ; les villes furent très vite un paradis pour les juristes, les notaires et les avocats. Le marchand ne voulait pas opprimer le peuple ; il lui suffisait qu’il devînt producteur et consommateur pour sa propre prospérité.

Le bourgeois, pas méchant, est un médiocre ; incapable de voir au-delà de la ligne d’horizon définie par ses intérêts les plus pratiques et matériels.

L’originalité de l’Occident sur les autres civilisations fut dans la prise de pouvoir opérée par le marchand médiéval au sein des villes du XIIième siècle et la rupture avec le monde rural.

Le passage d’une ville de semi ruraux (agricole aux 9/10ième), à une ville de consommateurs/producteurs ou de marchands a été imperceptible. « Les villes se sont développées comme des univers autonomes ! » « Et ont dominées leurs campagnes ! » (Mondes coloniaux avant la lettre (paysans et ruraux = barbares)), (Fernand Brandel).
La révolution urbaine favorisa l’apparition de cités de plus en plus détachées du monde rural, repliées sur elles-mêmes culturellement (exemple : Venise).

« La ville seule est capable de former des hommes, la campagne ne produit que des bêtes ! » (lol). Etre homme s’était donc être bourgeois, donc gagner de l’argent.

Dépersonnalisation de la ville : plus un marché est grand et plus il doit être géré selon les stricts et froids calculs de l’efficacité.

Toutes les relations affectives entre personnes se fondent sur leur individualité, tandis que les relations rationnelles traitent les êtres humains comme des nombres, des éléments indifférents par eux-mêmes, dont l’intérêt n’est que dans leur rendement objectif et mesurable ; le rationalisme commercial éliminait au maximum les relations affectives.

La justice formelle est souvent associée à une dureté impitoyable.

La science économique donne un statut scientifique à cette discipline.

Le désir d’efficacité et de complexité de la ville appelait une organisation du temps et de l’espace de plus en plus contraignante. « La base psychologique de la ville est l’intensification de la vie nerveuse qui résulte du changement rapide et ininterrompu des impressions externes et internes ! » (Simmel). Les citadins devaient donc apprendre (se protéger) à éviter les réactions trop spontanées et vives (répression de l’affectivité et primat de l’intellect).

« L’argent devient le niveleur de plus en plus redoutable ; il vide irrémédiablement les chose de leur substance, de leur caractère propre, de leur valeur spécifique et incomparable. Elles flottent toutes d’un même poids spécifique dans le fleuve de l’argent qui progresse. Elles se trouvent toutes dans le même plan et ne se distinguent que par la taille des parts de celui-ci qu’elles occupent ! » (Simmel).

La civilisation doit s’interroger sur son passé, sur l’orientation qu’elle a prise et sur ses mythes fondateurs.

La culture occidentale est une culture d’épicier. Nous vivons le temps des grandes villes, il n’y a plus de conscience dans les rues parce qu’il n’y a plus d’histoires dans les rues.

Plus un paysan était gros, plus il lui était facile de survivre ; les petits devaient lutter pour disparaître (moins nombreux, isolés et affaiblis). L’avenir était à l’exploitation rentable. La conception même de la civilisation exigeait impérativement le sacrifice de l’homme des campagnes. Les paysans s’équipaient de plus en plus de façon scientifique et se modernisaient.

Tout ce qui est instinctif (primitif donc), nous parait suspect, dangereux. Nous croyons que seule une pédagogie de type étroitement rationnel pourrait être civilisatrice.

Les technocrates du déclin ont horreur du sang et procèdent de façon plus « douce », plus rationnelle. Mais spirituellement, culturellement, les effets de la mécanique civilisatrice sont les mêmes : brutaux et inhumains.

Chaque société a les dirigeants qu’elle mérite ; d’une certaine manière, ils se contentent de suivre un mouvement général qui s’impose à eux ; ce sont les exécutants inconscients d’un projet culturel dont les lointaines origines leur échappait.

A suivre (chapitre II : homo économicus)…

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Re: (Livre] La grande implosion - Rapport sur l'effondrement de l'Occident (Pierre Thuillier)

Message par KrAvEuNn le Dim 6 Mai 2007 - 8:42

Chapitre II : homo économicus.

Il apparaît de plus en plus « normal » que la société humaine soit perçue et organisée selon les seules exigences et les seules normes de l’économie ; les populations n’étaient plus des citoyens ou des personnes, mais des producteurs, des consommateurs ou des usagers.

Le langage commun était celui de l’affairisme : rentabilité, statistiques, productivité.

L’économie est devenue une fin en soit, un mode de vie privilégié. L’économie n’était plus au service des hommes, c’était les hommes qui étaient au service de l’économie.

L’expert en politique des naissances espérait que la natalité serait « stimulée » par de véritables incitations économiques et par des mesures d’accompagnement social. Presque tout était géré dans une perspective utilitariste.

Certaines opérations humanitaires dissimulent parfois de sordides opérations commerciales ; en profitant de la misère humaine pour écouler opportunément des excédents ou des marchandises plus ou moins périmées.

L’âge d’or des épiciers est aussi celui des spécialistes en communication et en relation publiques.

L’économie est une notion moderne ; dans la société chrétienne, le souci de faire travailler l’argent était une anomalie. Se régler sur le profit et non sur les besoins de l’homme était la révolution. « Le marchand est celui qui achète pour revendre plus cher ; il est mû par un sentiment inhumain de son propre intérêt pécuniaire, que n’adoucit aucune nuance d’esprit public ou de charité privée ! » (Régine Pernoud).

Au Moyen-âge, il fallait que l’économie soit bonne et loyale ; pour le marchand elle est de s’enrichir. L’activité productiviste se déploya et le travail devint l’une des principales vertus du monde bourgeois ; il fallait s’enrichir et donc il fallait produire et donc beaucoup travailler.

Pour l’Eglise le travail n’était qu’un moyen (de subvenir à ses besoins) ; le marchand, attaché aux biens matériels, n’était que trop disposé à allonger le temps de travail au-delà du nécessaire.

En organisant la vie selon ses propres normes la classe montante travaillait à la destruction (involontaire ?) des valeurs spirituelles prêchées par l’évangile ; le triomphe du marchand ne pouvait qu’entraîner l’effondrement de la chrétienté.

L’Eglise, usée ou secrètement corrompue, n’avait pas les moyens de résister et deux ou trois siècles plus tard, elle pactisa avec l’ennemi ; assez longtemps, elle parvint toutefois à sauver les apparences.

Les moines travailleurs étaient les pionniers inconscients du monde nouveau. « Ce qui a détruit toutes les civilisations antérieures, ce sont les conditions produites par le développement de la civilisation elle-même ! » (Henry George).

Les marchands encore marqués par les principes anti mercantiles de l’Evangile, éprouvaient le besoin de calmer leur conscience (aumône, dons, etc.), mais avec l’avènement du protestantisme, une étape décisive fût franchie.

Vers la fin du XVième siècle, il y eut des compagnies à filiale ou à succursales et aussi de véritables holdings et des ébauches de cartels.

Le projet fondateur de l’Occident c’était de faire advenir le règne universel de l’économie.
La conversion au culte total de l’économie a constitué un fait social total ; l’Occident c’est alors forgé une conception de la vie humaine, (de la culture, de la morale, de la politique et de la métaphysique). Le drame est que la nouvelle classe dominante, en raison de son utilitarisme étriqué n’a pas pris conscience de l’influence qu’elle allait exercer dans tous les domaines de la vie sociale ; en soumettant progressivement toutes les activités et les pensées des hommes à des considérations et des calculs économiques, les nouveaux maîtres (souvent involontaires), ont colonisés des territoires autrefois qualifiés de religieux ou de philosophiques.

La roue de la fortune ne nécessitait aucun tallent particulier pour la faire tourner ; les applaudissements du public ne s’adressaient donc pas au joueur, mais à l’argent lui-même ; ce jeu n’est qu’une cérémonie religieuse, elle entretien en chaque spectateur l’espoir de gagner un jour et elle soudait les âmes dans culte commun.

Pour survivre, une chaîne de télé se devait d’obtenir un maximum de contrats publicitaires ; plus son audience était forte et plus il lui était facile d’augmenter ses tarifs. L’audimat ne prenait en compte que le score et non la qualité.

Toute civilisation a son style, ses critères ; elle organise ses rites culturels selon ses idéaux propres. Dans l’audimat, ce problème ne se posait même plus ; les émissions ne relevaient donc plus de la culture (définition de la culture : volonté de donner au monde et à la vie un sens humain).

Les spécialistes de l’audimatrie ne tenaient aucun compte des appréciations des téléspectateurs ; ces derniers avaient ou non regardé, un point c’est tout.

Le théâtre, le vrai, est la négation même de la télé et de la rentabilité ; coûteux, fragile et éphémère.
La vieille notion théâtrale et tragique de sacré est remplacée par un mythe à la porté du quotidien : l’idée de normal.

« Dès que la satisfaction d’un besoin, si immatériel soit-il, dépend d’un quelconque circuit économique, ce besoin tend à se modifier ; d’où la puissance de l’économie, qui contribuait à déterminer et à transformer partout non seulement la forme de la satisfaction, mais aussi le contenu des besoins culturels, même de l’espèce la plus intime ! » « L’influence indirecte des relations sociales, institutions et groupements humains soumis à la pression des intérêts matériels s’étend (souvent inconsciemment) à tous les domaines de la civilisation sans exception, jusqu’aux nuances les plus fines du sentiment esthétique et religieux. Ils affectent tout autant les circonstances de la vie quotidienne q
e les évènements historiques de la haute politique, les phénomènes collectifs ou de masse tout autant que les actions singulières des hommes d’état ou les œuvres littéraires et artistiques individuelles : ceux-ci sont ainsi conditionnés par l’économie ! » (Max Weber).

Pour faire des profits, il faut calculer et donc raisonner ; en latin, ratio signifiait à la fois le calcul et la raison, d’où l’instance supérieure de la raison en Occident. L’irrationnel n’avait pas sa place dans les activités marchandes.

A suivre (Chapitre III : homo corruptus).

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Re: (Livre] La grande implosion - Rapport sur l'effondrement de l'Occident (Pierre Thuillier)

Message par KrAvEuNn le Lun 7 Mai 2007 - 9:27

Chapitre III : homo corruptus.

Que sont les marchands sinon des fraudeurs ? « L’acheteur, dans l’état de nos mœurs, c’est l’homme qui veut acheter pour rien ; il faut que le marchand trompe ses gens là, ou qu’il périsse ! » (Michelet). Ainsi s’engageait une guerre de tromperie et de ruse contre l’acheteur « déraisonnable ». Le marchand, pour l’emporter, devait bénéficier de l’active collaboration de ses fournisseurs. Le point capital pour le marchand, c’est que le fabricant l’aide à tromper l’acheteur, qu’il entre dans les petites fraudes, qu’il ne recul pas devant les grandes. J’ai entendu des fabricants gémir des choses que l’on exigeait d’eux contre l’honneur. Il leur fallait perdre état, ou devenir complices des tromperies les plus audacieuses. Le déshonneur, ce n’est pas le mensonge, c’est la faillite. C’est justement par honneur qu’il ment tous les jours, pour faire honneur à ses affaires.

« Le marchand est obligé de plaire, de flatter, de paraître aimable et gai ! » (Michelet), mais il y avait des sacrifices : ne pas avoir trop de fierté pour contrer les caprices de l’acheteur.

N’est-il pas normal qu’une société mercantile, dans laquelle les habitudes ordinaires du commerce sont : mentir, frauder, falsifier, se soit enlisée dans la corruption ?

« Pour se défendre, l’homme civilisé devient sauvage par mis les sauvages. La jungle commerciale ce n’est ni plus ni moins que le cannibalisme érigé en institution. ! » (Spencer).

Ce qui a masqué la décomposition de l’Occident, plus encore que l’expansion de la corruption, c’est l’acceptation et même la légitimation de la corruption.

Les civilisés sont en état de diathèse commerciale ; l’Occident souffre d’un mal profond dont les symptômes se révèlent progressivement.

Tout le monde vénérait la richesse et était donc secrètement préparé à excuser la corruption.

De nombreux articles sont délibérément fragilisés afin de que leur durée de vie soit moins longue et, de façon générale, il parait judicieux de rendre ustensiles et machines aussi difficilement réparables que possible.

Si le système économique avait des bases claires et solides, serait-il nécessaire d’installer autant de barrières et de prévoir autant de contrôles ?

Toute activité (urbaine ou communale) était susceptible d’engendrer des trafics d’influence et d’argent.

Où commence et où s’arrête l’enrichissement personnel pour des hommes (politiques) qui vivent essentiellement par et pour la politique ? Une réponse claire supposerait que ces personnages sachent distinguer entre leur vie privée et leur vie publique, ce dont elles sont souvent incapables.

Lorsqu’un service public se comporte comme un agent économique, n’est-on pas en présence d’une certaine forme de corruption ? Le service public gérait (rentabilité oblige), au lieu d’avoir pour principale objectif le mieux vivre citoyen.

L’Etat est devenu un monstre économique : déboussolé, oscillant sans cesse entre les dures exigences du commerce et les nobles prétextes fournis par l’intérêt général.

L’Etat, bon grè mal gré, s’est profondément immergé dans l’économie et, par la même, en était devenu l’esclave. Il avait pris en charge des secteurs entiers de l’économie et exerçait une influence indirecte par l’intermédiaire de subventions, réglementations, émissions d’obligations, contrôle sur l’information et sur la publicité, etc. Comment aurait-il pu échappé aux diverses formes de corruption ?

Si la société était corrompue, c’était d’abord parce qu’elle ne savait plus penser qu’en termes économiques. Sa vraie misère, c’était son incapacité à rêver, son manque d’horizon poétique, sa conception étriquée de la vie humaine, la plénitude désespérante de ses petites stratégies et de ses petits calculs.

« La vie reviendra pour la société quand elle se connaîtra bien elle-même et que, sentant le mal qui est en elle, elle se repentira. L’Occident se comporte comme si elle n’avait aucune envie de se connaître. Les citoyens sont trop habitués aux facilités que leur apporte ou leur promet le système en place. La grande préoccupation est la satisfaction de nos moindres désirs ! » (Pierre Leroux).

Comment croire qu’un gouvernement libéral, énergique et sage, puisse jamais sortir des suffrages d’un peuple de serviteurs ?

« Les vices des gouvernants et l’imbécillité des gouvernés ne tarderaient pas à amener la ruine ! » (Tocqueville).

« La vie grossière caractérise les sociétés les plus frustres, c’est-à-dire celles où les hommes pensent d’abord à survivre et n’accordent qu’une médiocre attention au superflu. Puis vient la vie simple, plus aisée, plus confortable, mais exempte de toute frénésie de consommation et d’accumulation. Enfin apparaît la vie noble, caractérisée par une inégalité excessive dans la répartition des richesses et par un relâchement des mœurs ; elle est grosse de conflits sociaux et de désespérance du retour à une vie meilleure ! » (Abbé de Condillac).

A force de s’attacher aux seuls idéaux de confort et de sécurité, une société perd toute rigueur spirituelle. Elle n’est plus capable de rêver, d’entreprendre une nouvelle aventure (elle est donc décadente).

A suivre (chapitre IV : homo technicus).

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Re: (Livre] La grande implosion - Rapport sur l'effondrement de l'Occident (Pierre Thuillier)

Message par KrAvEuNn le Mar 8 Mai 2007 - 20:12

Chapitre IV : homo technicus.

L’ingénieur est le docile serviteur de l’industrie et de l’armée et aussi le pionnier de la science et de la technocratie. C’est lui qui fut, avec le marchand, à l’origine de notre modernité : conception de l’exploitation de la nature et de l’organisation de la société elle-même.

La révolution agricole a été une révolution technique (moulin à eau). Les disponibilités en énergie du Moyen-âge furent considérables.

Sidérurgie : nous sommes passés au milieu du XIIième siècle d’une production primitive à un début de production industrielle.

Nombreuses inventions dans le domaine militaire : étrier = chevalerie, arbalète, canon, etc.

Formulation de l’idée d’un progrès technique méthodiquement poursuivi et délibérément orienté vers le futur. L’originalité des médiévaux est d’avoir osé imaginer un projet global : les hommes, grâce aux ressources de la technique feraient surgir un monde nouveau.

Les relations entre la religion, l’économie et la technique se sont nouées dans les profondeurs du psychisme collectif ; l’affectivité y était profondément engagée.

Le monde, selon la bible, devait avoir une fin ; l’homo technicus contribuait donc à assurer la survie des hommes et se conduisait ainsi en bon gestionnaire de la création.

La théologie chrétienne a défini une conception de la nature parfaitement adaptée aux ambitions techniciennes. Dans la paganisme, les règles naturelles étaient perçues comme vivantes, habitées par des âmes-esprits. Le christianisme a disqualifié cette manière de voir la nature ; l’adoration devait se porter sur un dieu unique.

La tradition judéo-chrétienne, par sa doctrine, légitimait officiellement les entreprises les plus hardies.

Il y avait au Moyen-Âge deux grandes ères culturelles qui se réclamaient du christianisme : Eglises orthodoxe et romaine. Les orthodoxes privilégiaient la contemplation, les latins étaient nettement portés sur l’action.
Les grecs pensaient que le péché était dû à l’ignorance et que le salut viendrait grâce à une illumination, les latins le voyaient comme une corruption fondamentale pour se racheter ; il leur fallait donc se racheter, discipliner sa volonté et faire de bonnes œuvres.
En Occident, dieu fût promu ingénieur (de la création), jamais en Orient.

L’orgue témoigne, en Occident, de la collusion du christianisme et de la technique ; c’était la machine la plus complexe de l’époque. En Orient, seule la voix humaine était jugée capable de louer dieu. Donc, ce n’était pas seulement l’ingénieur, mais la machine qui était promu.

Le christianisme ne constituait pas un obstacle au développement des techniques, bien au contraire.

Machine = ruse, en latin.

Les autres civilisations ont inventées des machines ; seul l’Occident a inventé « LA machine » (culte).

L’invention de l’horloge marquait une rupture majeure ; avant, le temps était qualitatif et rythmé par les cloches des églises : souple (pas de véritable exactitude) et vivant (au rythme des variations des saisons). Après, il devint plus rigoureux et abstrait : QUANTITATIF pur ; cela convenait au marchand pour gérer ses affaires, pour mieux utiliser son temps et celui des autres (pointeuses).

L’Eglise fût très vite intéressée ; non seulement pour savoir l’heure qu’il était, mais surtout pour rendre parfaitement visible l’ordre divin qui régnait dans la cosmos (sagesse divine).

L’endoctrinement massif des masses, en Occident, a reçu très tôt ses lettres de noblesse.

L’horloge n’était pas seulement utilitaire ; elle incarnait une morale : ponctualité, rationalité, efficacité.

La charité, première des vertus, fût remplacée par la tempérance, vertu du marchand (bourgeois) : modéré dans ses passions, économe, prudent, besogneux et efficace.

Avec la bénédiction de l’Eglise, la mécanique horlogère devenait le modèle absolu ; la fonction des ingénieurs était totalement intégrée dans les villes et valorisée sur le plan spirituel, idéal de progrès technique et d’efficacité économique et de comportement vertueux.

Les moines faisaient leur salut dans les monastères ; les marchands, banquiers, ingénieurs, dans le monde des villes, boutiques, machines.

L’Occident considérait que le culte de l’économie et de la technophilie , comme allant de soi et de fait définitivement acquis et inaccessible à la contestation.

« Les machines ont une malheureuse faculté, celle d’unir les forces sans avoir besoin d’unir les cœurs, de coopérer sans aimer, d’agir et de vivre ensemble sans se connaître ; la puissance morale d’association a perdu tout ce que gagnait la concentration mécanique ! » (Blaise Pascal).

Une société qui déifiait la machine était une société qui s’habituait à raisonner en termes mécaniques et devenait de plus en plus incapable de percevoir les hommes comme des personnes.

Il ne suffit pas comme le font : gouvernants, économistes et technocrates, d’organiser la vie sociale en fonction de la production et de la consommation ; il faut poursuivre la réalisation d’un rêve proprement humain.

L’Occident a consacré toutes ses énergies à la réalisation d’un programme dont il ne saisit même plus la signification.

En célébrant les vertus de l’homo technicus et en faisant de l’horloge le symbole d’un certain mode de vie, les anciens se montraient soucieux de conserver un sens à la notion de vie spirituelle ; aujourd’hui, nous avons suivi la direction indiquée comme par habitude.

« Le capitalisme n’a pas utilisé les machines en vue d’un mieux être social, mais pour accroître les bénéfices privés. Les instruments mécaniques ont servi à enrichir les classes dirigeantes. Le capitalisme a témérairement écrasé les industries artisanales, en Europe et ailleurs, par le produit de la machine ; même quand ce dernier était inférieur à ce qu’il remplaçait. Les prestiges du progrès, du succès et de la puissance allaient à la machine, même lorsqu’elle n’améliorait rien ; même lorsqu’elle était techniquement un échec. C’est en raison des possibilités de profit, que la place de la machine a été exagérément gonflée et le degré d’enrégimentation poussé au-delà de ce qui était nécessaire pour maintenir l’harmonie et l’efficacité ! » (Lewis Munford). Les problèmes humains, relatifs aux travailleurs, étaient délibérément laissés de côté.

Action indirecte négative : délicatesse, patience, respect (culture des ignames).
Action directe positive : intervention et dirigement (domestication des moutons).
« Chaque société définit ses rapports avec la nature à travers des expériences fondamentales telles que celles du jardinier ou du berger ; elle définit dans une large mesure, le type de rapports que les hommes entretiennent entre eux.
Pour les jardiniers, la société est portée à traiter les hommes comme étaient traités les plantes (douce, indirecte et respectueuse). Pour les bergers, la société est plus dure et autoritaire ! » (André Hundricourt).

En Orient, un bon chef doit favoriser l’heureux développement des hommes ; en Occident, le chef se montre actif et plein d’initiative, il guide autoritairement.

Gouverner, c’est tenir le gouvernail ; ils gouvernent, nous ramons.

La philosophie du monde horloge fait de l’homme un pur sujet rationnel, devant une nature transformée en objet sans âme (mécaniste).

« Je pense donc je suis ! » ; la société à mis en place une nouvelle doctrine : « je produits, je vends et j’achète, donc je suis ! »

Plus les marchands et les ingénieurs avaient affirmés leur pouvoir culturel, plus la chasse aux sorcières était devenue systématique et violente ; le cliché largement admit que ce fût la cause de l’Eglise mettait hors de cause le rationalisme bourgeois. La sorcière était essentiellement une affaire de femme ; à travers la sorcière, la féminité était soumise à une brutale répression.

L’élimination des sorcières avait une signification culturelle transparente : seule était légitime la vision mécaniste de la nature. Les seuls esprits « sérieux » c’étaient les ingénieurs et les hommes de science ; eux seuls étaient capables de connaître la réalité ; les autres devaient se contenter de vivre au milieu des apparences.

A suivre…

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Re: (Livre] La grande implosion - Rapport sur l'effondrement de l'Occident (Pierre Thuillier)

Message par KrAvEuNn le Mer 9 Mai 2007 - 9:20

« Le penseur cartésien : « construit son univers d’atomes logiques ; il abolit toute nature vivante pour lui substituer un ouvrage artificiel de la pensée. Son but est un automate infini ! » (Novalis).

« Ce cartésianisme imbécile ! » « La pensée ne s’identifie jamais à la nature ! » « Les philosophes français, rhéteurs ou géomètres, me laissaient froid, parce qu’ils ne portent pas en eux la somme de la vie universelle, qu’ils ne dominent pas la réalité complète, qu’ils m’emprisonnent, me dessèchent ou me mettent en défiance. Ce qui manque toujours aux français, c’est le sens de l’infini, l’intuition de l’unité vivante, c’est la perception du sacré, l’initiation au mystère de l’être. Ils sont habiles et profanes, parce qu’ils sont superficiels et calculateurs. La catégorie du mécanisme et de la métaphysique du dualisme, sont les deux sommets de leur pensée ! » (Amiel). Radicale distinction du sujet et de l’objet ; isolement délibéré du moi par rapport aux êtres et aux choses.

Tout comme les animistes, les mécanistes, eux aussi, opéraient une projection lorsqu’ils identifiaient les êtres vivants à des mécaniques ; dans les deux cas, l’imagination était à l’œuvre.

« Quand on commence à raisonner, on cesse de sentir ! » (Jean Jacques Rousseau).

Le citoyen idéal était un automate correctement réglé, un être qui n’avait besoin ni de réfléchir, ni de sentir.

« Le rendement maximal est atteint quand l’être humain travail entre 7 et 8 heures par jour ; inutile donc d’en imposer plus, le rendement ne pouvait alors que baisser ! » (Coulomb). Rendement maximal de 10 heures par jour pour les travaux les moins fatigants ; rendement meilleur avec des temps de repos.

« Avec la mécanisation : l’ouvrier devient un simple accessoire de la machine, dont on exige l’opération la plus simple, la plus monotone, la plus vite apprise ! » (Marx) ; cet ouvrier fini par vivre une vie de machine.

« Ne fallait-il pas craindre que l’on réduise notre espèce à fonctionner comme un ensemble de machines ? » (Adolphe Quételet).

De même qu’il existe des ressources naturelles, il existe des ressources humaines dont les entrepreneurs peuvent librement disposer.

Pour éviter les revendications abusives et les grèves, les employeurs avaient intérêt à employer des ouvriers peu (qualifiés) spécialisés, facilement interchangeables. Plus vite progressait l’automatisation des machines et plus vite on éliminait la main d’œuvre de haut niveau. « Quand la capital enrôle la science à son service, la main de l’ouvrier finit toujours par apprendre la docilité ! » (Ure). Le chômage n’est donc pas un simple accident, mais le résultat parfaitement prévisible d’un choix culturel.

« Une seule machine, un seul homme pour la remonter ! » (Michelet).

« La première révolution industrielle avait entraînée la dévaluation du travail manuel ; avec l’apparition de l’informatique, c’était le tour du travail intellectuel d’être déprécié ! »(Norbert Wiener). Cette deuxième révolution industrielle moderne ne peut manquer de dévaluer de la même façon le cerveau humain dans ses décisions les plus simples et les plus routinières. « L’homme moyen ne possédant que des connaissances médiocres, n’aura plus rien à vendre qui vaille la peine d’être acheté ! » « Cette révolution, de plus, risquait de favoriser la concentration du pouvoir entre les mains des hommes les plus dénués de scrupules ! » (Norbert Wiener).

A l’origine de l’Etat moderne, se trouve une œuvre du philosophe Thomas Hobbes : Léviathan.
« L’homme identifié à un simple engrenage fonctionnel est débarrassé du besoin de réfléchir : les citoyens chargés des différentes fonctions sociales, même des plus élevées, ne remplissent que des rôles subalternes, puisque leur fonction de quelque importance qu’elles soient, ne consistent plus qu’à marcher dans une direction qui n’ pas été choisie par eux ! » (Thomas Hobbes).

Les élites dirigeantes ne choisissaient pas, elles se contentaient, grâce à leurs méthodes scientifiques, de découvrir les tactiques et les stratégies « objectivement exigées par les circonstances historiques. Le bourgeois avait agit inconsciemment comme si son objectif suprême était le développement de la capacité industrielle et de la capacité scientifique. Il n’y avait pas eu de choix.

« Patrie rime avec industrie. La classe industrielle est la classe fondamentale, la classe nourricière de toute la société, celle sans laquelle aucune autre ne pourrait subsister ; c’est le centre réel de la civilisation ! » (Saint Simon).
Une société est donc semblable à une usine et doit être organisée de façon scientifique (lol).

Réintégrant les écritures de Saint Simon, on fonda le socialisme et le communisme, donc, la rationalisation et la mécanisation l’emportèrent de beaucoup sur les mouvements du cœur, sur les élans de la poésie. Désormais, à droite comme à gauche, la politique serait froide : prétendument fondée sur des connaissances objectives et sur des stratégies méthodiquement calculées.

Le machinisme est fatalité.

Le lien social, à base de communication, laisse finalement peu de place à l’individu : celui-ci n’est plus un acteur, mais un réacteur.

Dans un tel système, hélas, une personne authentique (rebelle à la normalisation), constitue une opacité insupportable.

« L’émergence de l’homme sans intérieur. Le credo initial de la communication se formule ainsi : l’intérieur n’existe pas, l’intériorité est un mythe, un récit qui relève au mieux de la métaphysique, au pis de l’illusion. Avec la communication, il n’y a plus d’être humain, amis des êtres sociaux, entièrement définis par leurs capacités à communiquer socialement. Ainsi une entreprise, lorsqu’elle commandait une étude de marché, ne s’intéressait pas aux personnes ; elle n’entendait que des indications statistiques, relatives aux comportements de diverses catégories de consommateurs. Politiquement, l’Etat était vidé de sa substance et il ne restait à sa place qu’une machine sociale géante, plus ou moins régulée ou autorégulée ! » (Philippe Breton).

Les occidentaux se sont dissous dans les statistiques et les sondages.

Chez les techniciens et les technocrates, pas de sentiments, mais une rentabilité ; ces deux mots d’ordre s’imposaient comme les principes directeurs de toute action.

Un objet technique, en tant que tel, n’impose aucune civilisation particulière (neutralité) : le fusil sert aussi bien à faire la guerre qu’à faire des trous dans une planche.

Le client et l’usager sont de plus en plus amenés à dialoguer avec les machines : ce n’est pas neutre ; cela modifiait leurs mœurs et leur identité d’être humain. L’ordinateur était devenu l’instrument privilégié d’une tyrannie nouvelle.

« Laisser les machines décider, c’était lancer sa responsabilité au vent et la voir revenir portée par la tempête ! » (Wiener).

L’ordinateur légitime silencieusement les pseudo valeurs d’une société sans âme ; langage froid, débarrassé des scories émotionnelles, données chiffrables, conception de l’homme et de l’action humaine qui s’exprime objectivement (sous forme d’un objet).

La souveraineté n’appartient plus au peuple, mai à ceux qui maîtrisent le langage nouveau : informatique, statistiques, stratégies, etc.)

Obsession de remplacer le monde naturel par un monde de plus en plus artificiel (contre nature). La philosophie mécaniste, en assimilant le monde à une machine, avait rendu pratiquement inévitable l’artificialisation de la nature. Il n’était plus besoin de vouloir la destruction de la nature naturelle, cela se faisait tout seul.

A la fin du XVIIième siècle, la technologie avait pris la place de la religion comme intérêt suprême et objet d’aspiration des plus grands esprits de la société Occidentale. « L’utilité était recherchée comme une fin en soit ! » (Toynbee).

« Jamais nous ne nous rendrons entièrement maîtres de la nature ! » (Freud).

« Un sauvage en sait infiniment plus sur les conditions économiques et sociales des sa propre existence que le « civilisé », au sens courant du terme, sur les siennes. Comment s’épanouir quand on est étranger à son environnement (Exclusion) ? (Max Weber) ; de plus en plus condamné à recourir à des spécialistes.

« En cherchant à conquérir une liberté plus grande, l’homme ne fait qu’étendre l’empire de la nécessité ! » (Hermann Melville).

A suivre (chapitre V : homo scientificus).

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Re: (Livre] La grande implosion - Rapport sur l'effondrement de l'Occident (Pierre Thuillier)

Message par KrAvEuNn le Mer 9 Mai 2007 - 10:22

Chapitre V : homo scientificus.

Le savant, homme de science, a joué sur tous les tableaux, complètement intégré à la culture bourgeoise et surtout au complexe militaro-industriel, se présentant comme l’incarnation de la pure raison et comme maître à penser des temps modernes.

La science domine tout ; elle rend seule des services définitifs (elle est polyvalente et totalitaire).

La science comme pouvoir spirituel est l’aboutissement privilégié du culte de la machine et plus généralement, du culte de l’efficacité.

La science était utile parce qu’elle était vrai ; la vérité d’une science, c’était son utilité.

Culturellement, praticiens et théoriciens avaient le même projet : mieux comprendre la nature pour mieux la dominer, pour mieux l’exploiter.

La physique classique est intégrée par le complexe militaro-industriel, ainsi que la science des astres et de la Terre, etc. (sonar des dauphins et armement).

Dans tout homme de science moderne, sommeil un ingénieur : dans le cas de la bombe atomique, ce ne sont pas les politiques qui ont commandés aux scientifiques, mais exactement l’inverse.

« La science, de nos jours, est devenu un élément de la technique, un moyen ! » (Marcel Mauss). Ou bien le savant acceptera que ses recherches soient appliquées dans les techniques, ou bien il devra les interrompre.

« Il n’existe absolument pas d’analyse scientifique objective de la vie culturelle. Le concept de culture est un concept de valeurs ! » (Max Weber).

« Toutes les théorie scientifiques sont des abstractions métaphysiques. Nous parlons toujours métaphysiquement ; le langage est essentiellement métaphysique ! » (Claude Bernard).

« Toute connaissance, dans ses fondements ou dans ses conclusions ultimes, est imprégnée de métaphysique ! » (Thorstein Veblen).

D’une façon générale, avec l’automobile, la télévision ou le téléphone, l’homme s’est habitué à se servir d’objet dont-il ne comprend pas le fonctionnement. En allumant son poste de télé, en ingurgitant sa pilule, en appuyant sur la touche du calculateur, il accomplit un acte de foi scientifique. Le profane remet chaque jour un peu plus son destin entre les mains du savant, et l’écart de connaissance qui les sépare s’amplifie.

Les scientifiques utilisent le prestige de la science pour valider auprès du grand public les pires platitudes spirituelles et pour légitimer dans les esprits le pouvoir de tous les experts et gestionnaires se réclamants de la science.

Acquérir le statut d’homo scientificus s’est se transformer en un observateur ou un expérimentateur dénué de sensibilité, de sentiments et de passions ; c’est subir une automutilation symbolique. L’idéal rationnel amenait à être impersonnel : à n’avoir ni convictions, ni goûts, ni préférences d’ordre subjectif. Tout pour l’objet, rien pour le sujet.

Jamais les hommes ne peuvent s’abstraire totalement de leur propre vie, ni de l’histoire, jamais ils ne peuvent créer un vide culturel parfait qui leur permettrait de penser de façon absolument neutre.

Toute entreprise de connaissance s’appuie nécessairement sur certains choix initiaux sur certains présupposés.

Le scientifique, dépersonnalisé, dépouillé de tout caractère et de tout tempérament, se meut en une créature sans cœur, sans vie émotionnelle.

La méthode scientifique de l’Occident symbolisait la répression de l’affectivité. Attitude puritaine envers tout ce qui relève des émotions et de la volonté.

« L’émotion est un lien entre les choses qui n’ont pas de lien. La science s’obtient en niant régulièrement tout ce qui tient à l’état de rêve ! » (Valéry).

« Les principes mis en œuvre par les sciences physiques aboutissaient à une véritable destruction de l’expérience humaine courante. L’observateur rationnel, de façon systématique, appauvrit la perception de l’univers coloré et odorant qui nous entoure. Il se livre à l’élimination des qualités et à la réduction du complexe et du simple, en ne tenant compte que des aspects de la réalité qui peuvent être pesés, mesurés, comptés, et des séquences spatio-temporelles qui peuvent être contrôlées et répétées ! » (Lewis Mumford).

« L’homme, pour son harmonie, doit prendre conscience de son être total et pour cela, il doit y avoir communication entre ce qui, pour l’occident, est voué aux ténèbres et ce qui lui parait, pendant de longues périodes de son histoire, sa seule raison d’être. Il y a pour l’homme, de façon générale, nécessité d’une vie totale, en opposition avec ce que nous appelons rationalité. L’absence de cette vie spirituelle, ou sa négation pendant des périodes plus ou moins longues de l’histoire d’une civilisation, peut être considérée comme le symptôme d’une psychose chez l’individu, d’une dégénérescence de la vie d’un groupe humain plus ou moins étendu, ou de toute une civilisation ! » (schizophrénie). (Jean Servier).

« Ne serait-ce pas l’instinct de la peur qui nous commanderait de connaître ? Vouloir le vrai, ce pourrait être, secrètement, vouloir la mort. C’est un principe destructeur, ennemi de la vie ! » (Nietzsche).

« Chez le savant, la science développe la tête et tue le cœur. L’homme a nécessairement besoin de quelque chose qui parle à son sentiment. Le sentiment dominera toujours la raison. Jamais la métaphysique ne disparaîtra. Quand l’homme sera tout, il sera anéantit ! » (Claude Bernard).

« Personne n’aurait l’autorité nécessaire pour imposer à la collectivité la thérapeutique voulue ! » (Freud).



Fin.

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Re: (Livre] La grande implosion - Rapport sur l'effondrement de l'Occident (Pierre Thuillier)

Message par nemo le Mer 27 Juin 2007 - 15:21

Les cathos aussi vont chez le psy
Jung écrivait cela dans les années 30... Aujourd'huis les cathos sont (en moyenne) aussi déspiritualisé que les protestants et les juifs, voire plus...

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Re: (Livre] La grande implosion - Rapport sur l'effondrement de l'Occident (Pierre Thuillier)

Message par nemo le Mer 27 Juin 2007 - 16:14

Merci KrAvEuNn pour ce résumé très intéressant. Ceci dit si le constat me parait tout à fait exact je ne suis pas sur qu'il est bien cernée les causes. Jacques Ellul me parait plus pertinent a ce titre et dans un autre style René Guénon.

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Re: (Livre] La grande implosion - Rapport sur l'effondrement de l'Occident (Pierre Thuillier)

Message par KrAvEuNn le Ven 29 Juin 2007 - 17:42

nemo a écrit:Ceci dit si le constat me parait tout à fait exact je ne suis pas sur qu'il est bien cernée les causes. Jacques Ellul me parait plus pertinent a ce titre et dans un autre style René Guénon.
Les causes ? Je ne vois pas bien ce que tu veux dire par là.

Ce qui est certains, c'est que thuillet n'avait aucune idée de comment la civilisation pourrait bien s'effondrer ; ou plutôt, il pensait en priorité que les causes seraient humaines (deshumanisation de la société et réaction face à cet état de fait). Bref, thuillet ne semblait être ni conscient du PO, ni de la plupart des autres menaces comtemporaines potentielles.

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Re: (Livre] La grande implosion - Rapport sur l'effondrement de l'Occident (Pierre Thuillier)

Message par sylvain le Mer 11 Avr 2012 - 21:34

c'est quand même dommage qu'il n'ai pas tout simplement pensé que le déclin de ressources tous azimut s'opposerait à la croissance humaine qui permet la croissance économique

sinon j'ai été impressionné par ce descriptif, le bouquin doit être génial, ça me conforte dans l'idée que les villes deviendrons des pièges mortels un jour ou l'autre

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Re: (Livre] La grande implosion - Rapport sur l'effondrement de l'Occident (Pierre Thuillier)

Message par KrAvEuNn le Ven 13 Avr 2012 - 20:30

Salut !
sylvain a écrit:c'est quand même dommage qu'il n'ai pas tout simplement pensé que le déclin de ressources tous azimut s'opposerait à la croissance humaine qui permet la croissance économique
Thuillier ne cherchait absolument pas à édifier un scénario d'effondrement "prophétique", ou bien prospectif ; c'est un historien des sciences, pas un futurologue, ni un gourou du TEOTWAWKI. Par ailleurs il reste très vague sur la forme que prendrait cet effondrement et n'en dresse pas de scénario précis. En fait, son livre prend la forme d'un rapport fictif, écrit dans un futur proche, qui se borne principalement à donner les raisons qui ont menées à cet effondrement. La fiction (même pas 5% du livre), ici, n'est qu'un prétexte pour dresser le tableau de la situation et exposer les causes et les raisons historiques, sociétales, etc, qui ont favorisées l'hégémonie de l'occident et son effondrement hypothétique.
sylvain a écrit:ça me conforte dans l'idée que les villes deviendrons des pièges mortels un jour ou l'autre
Les villes sont extrêmement fragiles et totalement dépendantes de leur environnement (campagnes, ressources énergétiques, réseaux routiers et de communication, etc) ; en ce sens elles ont un talon d'Achille. Mais de là à parier sur le fait que les villes deviendront des pièges mortels dans le futur ; il faudrait une très grosse catastrophe, généralisée qui plus est (hypothèse et non certitude).

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