Le matos tue !

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Le matos tue !

Message par Barnabé le Mar 18 Aoû 2009 - 11:07

Réflexions qui me sont venues en relisant "The Bug Out" , nouvelle de Hallfast traduite par Stroumpf :

Le matos tue !

Du moins l'excès de matos, et la fascination pour le matos qui empêche d'avoir une juste appréciation des situations et paralyse la capacité de réaction. Dans cette nouvelle, la principale raison de l'échec de l'évacuation, à mon avis, c'est le temps perdu à rassembler matos et bouffe, cela étant dû à la fascination pour le matos et à la croyance qu'on ne peut pas survivre sans.

Le summum de la paralysie de la capacité de réaction, c'est de sentir désemparé car on n'a pas tel matos, qu'on connaît bien et qu'on a déjà utilisé, et qui serait optimum pour faire face à la situation. Au lieu de se demander comment faire face à la situation avec les ressources existantes, on se désole de ne pas avoir tel élément de matos et on se sent découragé.

Dans la vie quotidienne, c'est renoncer à réaliser une recette parce qu'il manque un ingrédient, c'est arrêter son bricolage parce qu'on n'a pas tel outil qui serait le mieux, c'est refuser d'aller faire une rando parce qu'on n'a pas pris ses super chaussures de marche (qui font des ampoules tellement on les met pas souvent, d'ailleurs Laughing ), c'est ne pas partir en voyage parce que la voiture n'est pas assez confortable, c'est ne rien faire "par manque d'argent" plutôt que de chercher les activités gratuites et les débrouilles, recyclages et système D... On connait tous des gens qui ont cette tendance, et d'autres qui au contraire ne se laissent jamais arrêter et font avec ce qu'ils ont sous la main.

Par exemple, c'est une excellente chose d'avoir de bons EDC et de bons BOB, et de savoir se servir de tout ce qu'il y a dedans. Mais il faudrait de temps en temps s'obliger à bivouaquer une nuit sans aucun matos, avec juste les vêtements que l'on porte puis à s'orienter pour retrouver la civilisation. Choisir un lieu de bivouac sec et abrité et l'optimiser avec des branches, et un gros tas de feuilles servant à la fois de matelas et de couverture ; repérer une source fiable, manger quelques plantes commestibles crues, s'orienter sans carte ni boussole... (bien sûr, cette expérience ne doit pas être tentée sans s'entourer de précautions de sécurité, telles qu'avoir un sac complet pas loin et un portable chargé, pour le cas où ce test tournerait à la débandade).

En survie urbaine, la question c'est par exemple qu'est-ce qu'on arrive à faire sans argent ni papiers ni téléphone portable ? Est-ce qu'on va savoir demander de l'aide, quitte à faire littéralement la manche et à essuyer des refus, ou bien est-ce qu'on va se retrouver complètement paralysé ?

Quand on sait se débrouiller sans rien, on apprécie d'autant mieux le matos et les facilités qu'il offre... tout en sachant qu'on sait aussi s'en passer.

Quand on a la croyance que le matos sauve et est indispensable, on se retrouve vite stressé ou paralysé par la moindre anicroche, le moindre manque... d'autant que cette fascination et cette croyance sont probablements révélatrices d'une personnalité anxieuse, qui stresse facilement voire peut céder à la panique, et l'obsession du matos a pu encourager ces traits de caractères au lieu de les désamorcer...

Au final, le matos tue. Ou du moins, la fascination pour le matos et la croyance qu'on ne peut pas survivre sans, tuent. /N/.

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Re: Le matos tue !

Message par Barnabé le Mar 18 Aoû 2009 - 21:07

Réponse de Jocelyn :

Dans le monde réel, demandez aux secouristes en montagne, c’est un matériel insuffisant et une méconnaissance de son utilisation qui provoque des morts chaque année. Je ne pense pas qu’ils approuvent l’idée de partir en bivouac les mains dans les poches. Après, chacun prend ses responsabilités...

C’est sûr que pouvoir se débrouiller sans matériel est un avantage. Mais ce n’est pas une question de fascination pour le matos, c’est une question de personnalité. Certaines personnes sont fascinées par le matos, mais savent aussi très bien se débrouiller sans.


Dernière édition par Barnabé le Mar 18 Aoû 2009 - 21:44, édité 1 fois

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Re: Le matos tue !

Message par Barnabé le Mar 18 Aoû 2009 - 21:43

Citation:

Dans le monde réel, demandez aux secouristes en montagne, c’est un matériel insuffisant et une méconnaissance de son utilisation qui provoque des morts chaque année.


Tu as raison, demandons-le leur.
http://www.cdrp74.fr/hiaute/accident-pghm.html

1ère cause d'accident en rando en montagne : les accidents physiologiques dûs au manque de préparation physique et au manque d'adéquation entre l'itinéraire et la forme physique. 2e cause : la chute, dûe essentiellement (d'après ce texte) au manque de prudence et de connaissances du milieu et des techniques de la montagne.

Regardons aussi les stats à la fin : quelle est l'activité qui provoque le plus de morts par année, été/hiver confondu ? Le ski hors-piste ! A cause du "matériel insuffisant et une méconnaissance de son utilisation ?", comme tu le dis ? Non, tous savent utiliser leurs skis et leurs bâtons ! Il y a des morts avant tout parce que les gens qui pratiquent le ski hors pistes prennent des risques, ont des attitudes accidentogènes comme de partir même quand la neige est mauvaise ou que la météo menace, ou encore sur des pistes qu'ils ne connaissent pas. Après, c'est sûr que s'ils sont bien habillés et qu'ils portent leur balise ARVA, ils améliorent (un peu) leurs chances de survie. Mais si parce qu'ils sont rassurés par leur balise ARVA ils prennent plus de risque (ce qui est un phénomène assez probable et est une forme d'effet rebond), là aussi le matos n'est pas forcément la solution.

J'avais d'ailleurs lu un texte sur les accidents en ski hors-piste qui montrait que la capacité des skieurs à faire les bons choix étaient oblitérée, qu'ils faisaient preuve d'une moindre capacité d'analyse que dans leur vie normale (pour quelles raison ? confiance dans le chef de groupe, excitation de l'activité et goût du risque, dynamique de groupe ? Je ne me rappelle plus).

Donc, voilà, les spécialistes du secours en montagne montrent que les premières causes d'accidents sont le manque de préparation physique, le manque de prudence et de connaissance du milieu. Ils ne citent le matos qu'en troisième position dans leurs conseils. Le matos n'est qu'un moyen de mettre en oeuvre des connaissances, des techniques et des compétences. Sans ces connaissances, ces techniques et ces compétences, on aura des accidents même avec le meilleur matos.

Le texte du secours en montagne confirme donc aussi la règle des trois en survie : la toute première priorité, c'est "on survit 3 secondes sans prudence" (ou "sans bon sens"). D'abord et avant tout la capacité à analyser la situation et à faire les bons choix. Le matériel n'est qu'un moyen de mettre en oeuvre les bons choix et les savoir-faires spécifiques, mais quand on croûle sous le matériel mais qu'on manque de bon sens (et/ou capacité d'analyse, de prudence, de faire les bons choix, etc.), on est cuit, malgré tout le super matos.

Et ne me dis pas qu'en écrivant "méconnaissance de son utilisation", tu voulais justement parler des nécessaires compétences qui accompagnent le matos ! Savoir utiliser du matos est une compétence, savoir mener une course en montagne en est une autre !

Prends 10 personnes inexpérimentées et mets-les dans une salle avec tout le matos d'alpiniste moderne. Apprends-leur les gestes techniques de l'utilisation de ce matos, bien comme il faut, des dizaines d'heures d'entraînement dans cette salle. Ensuite, balance-les dans une course bien difficile. T'as des morts à coup sûr. Leur problème n'est ni le matos, ni la méconnaissance de son utilisation.

On ne prend pas un guide parce qu'il sait utiliser le matos ! N'importe quel alpiniste amateur qui a fait quelques sorties sait utiliser le matos. On prend un guide parce qu'il connait les itinéraires, parce qu'il connait la montagne, parce qu'il sait s'orienter, parce qu'il sait évaluer la météo, la qualité de la neige, déceler les crevasses, parce qu'il sait gérer l'effort et la fatigue, parce qu'il a généralement une endurance physique élevée qui fait qu'il peut seconder ou porter secours à ses clients, et enfin parce qu'en cas de difficulté il saura dire à temps "demi-tour ça devient trop dangereux dans ces conditions".

Je suis désolé, mais tu confonds le matos, le savoir-faire d'utilisation du matos, et l'ensemble de la connaissance de la montagne et la capacité à pratiquer en montagne, qui sont faites de forme physique, d'expérience, de bon sens, de prudence, de feeling, etc.

Dans le savoir-faire d'un guide de haute montagne, dans le fait qu'il est capable de mener une course à bien avec des clients et de rentrer, quelle est la proportion du matos ? Il faudrait leur poser la question, mais je pense qu'ils diraient 10 à 20 %. Tout le reste est expérience, savoir-faire, forme physique, etc.

Précisemment, en haute montagne, l'alpiniste amateur qui a fait quelques sorties et qui me dit "j'ai le matos et je sais l'utiliser", je vais lui répondre le titre de ce fil : "le matos tue". Il sera en train, comme toi me semble-t-il, de confondre le matos et la connaissance du matos d'une part, et sa connaissance de la montagne et capacité à évoluer en montagne d'autre part, et de surévaluer l'importance du la première par rapport à la seconde. Alors qu'en fait, à la première grosse difficulté, avec son super matos qu'il sait utiliser, il viendra grossir les stats des morts en montagne.

De même, le survivaliste de l'histoire Bug Out a confondu matos et capacité globale à la survie. Pour survivre, il faut effectivement un peu de matos, mais il faut beaucoup de savoir-faire et encore plus de capacité à gérer et à faire des choix. Si l'obsession ou l'auto-contentement du matos est l'arbre qui cache la forêt de tout le savoir-faire expérience capacité à gérer, etc. qu'il faut acquérir, alors oui, le matos tue.

Je précise que ces critiques et remarques s'appliquent aussi à moi. Je suis un tout petit survivaliste qui stresse et fait des conneries dès que ça se complique. Je ne suis surtout pas en train de dire que je suis meilleur que les autres ; j'essaie juste de mesurer objectivement l'étendue du problème ! Sad


Citation:
Je ne pense pas qu’ils approuvent l’idée de partir en bivouac les mains dans les poches.

Mais ça sort d'où cette idée exactement ? C'est une idée que tu me prêtes pour mieux contre-argumenter, apparemment. Mais on dirait que tu m'as mal lu. Dans le paragraphe où je citais l'intérêt de s'entraîner à bivouaquer sans rien, j'ai écrit :
(bien sûr, cette expérience ne doit pas être tentée sans s'entourer de précautions de sécurité, telles qu'avoir un sac complet pas loin et un portable chargé, pour le cas où ce test tournerait à la débandade).


Dernière édition par Barnabé le Mer 19 Aoû 2009 - 7:40, édité 3 fois

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Re: Le matos tue !

Message par Wasicun le Mar 18 Aoû 2009 - 22:54

Moi je me "noie" dans mon matos ;-) mais comme la plupart du temps on me l'offre où que je peux l'acquérir à prix d'achat ... en fait je m'en tamponne ... - c'est un peu le stade ultime : des dizaines de sacs, de filtres, d'ensembles de sous vêtements différents, de paires de chaussures, de couteaux, de GPS, de réchauds, de rations de bouffe, de tentes et de bivy, de sacs de couchage etc. etc.
Il y a en partout et je porte et utilise ce matos tout le temps ... donc je ne me préoccupe pas de sa disponibilité ... son (apparente ?) abondance me suffit ...
Le seul problème c'est l'encombrement et les contraintes au quotidien (ça prend de la place ces merdes et quand je cherche un truc précis il me faut 15 minutes ... du coup au lieu de prendre un couteau "X" je prends un "Z" ...) et puis de temps en temps lorsque le machin est un peu technique et que j'ai oublié comment il fonctionne il me faut 1/2 journée pour trouver le mode d'emploi ...
;-)

Le matos "tue" lorsqu'il constitue une contrainte budgétaire (au détriment d'autre chose) où qu'il procure "l'illusion" de la sécurité (genre ARVA et autres bidules électroniques ...). Lors de courses je me suis déjà fait coiffé par des mutants équipés comme des sahéliens mais sur des raids d'endurance le bon matos permet quand même de creuser l'écart et de faire face plus sereinement ... C'est comme le couteau suisse : on peut faire avec un simple opinel mais il y a des situations où l'on est bien content de disposer d'une paire de ciseaux, d'un ouvre boîte ou d'une pince à épiler (pour un rapport poids/encombrement/coût initial à peine supérieur ...).

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Re: Le matos tue !

Message par logan le Mer 19 Aoû 2009 - 1:59

Bon post !
Comme d'habitude Barnabé .. clind'oeil

Tu soulignes un point essentiel, dans lequel on tombe souvent (en tout cas je l'ai été), accorder trop d'importance au matériel .. C'est beau, ca fait tout, c'est le meilleur de la gamme etc...

Sur le terrain (je ne parle pas d'une sortie d'une nuit avec son bob, mais sur plusieurs jours, avec des imprévues etc..), on se rend vite compte que :
- suffit pas d'avoir du matos, mais faut savoir s'en servir. Ce qui sous entend d'avoir pratiquer, de s'être entrainer avec, plusieurs fois. Il y a vraiment des choses qu'on apprend qu'avec l'expérience...
- tu places 2 gars, le premier équipé avec un pur matos, le deuxième équipé très léger mais avec de l'expérience. Le deuxième s'en sortira presque à coup sûr, beaucoup mieux..

Encore une fois, et je le dis humblement car j'ai fait partie de cette catégorie (du matos et pas assez d'expérience), et on se prend vite des claques sur le terrain..

- Tu as le dernier top duvet et le gars a coté de toi qui en a un à moitié prix, dort mieux .. Parce que tu ne sais pas qu'il faut diminuer ton contact avec le sol, et donc la perte de chaleur, en dormant sur le coté.. qu'il vaut mieux avoir légèrement froid et augmenter les couches au fur à mesure plutôt que l'inverse

- Tu as un top couteau tout neuf, mais tu ne t'es jamais entrainé à batonner avec.. Tu ne sais pas qu'il y a des positions systématiques et essentiels à adopter pour ne pas se couper un doigt ...

Etc.. Etc..

Et je comprend aussi le post de Jocelyn, qui est que le matos a son importance, même une grande importance et que beaucoup d'incidents sont dûs à un mauvais équipement .. (le nombre de randonneurs qui partent pour une journée, qui se perdent et doivent passer une nuit, en n'ayant pas de poncho, de polaire etc..)

C'est en effet une question d'ordre, de priorité..

Il vaut mieux peu de matos mais de l'expérience, dans des conditions "réelles", qu'un matos top qui a peu servi ..

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Re: Le matos tue !

Message par Barnabé le Mer 19 Aoû 2009 - 14:21

Réponse de Jocelyn par MP :


Barnabé a écrit:

Aucun problème, par contre je ne suis pas d'accord avec toi et dans ma réponse je démonte copieusement ton argumentation ! Ne le prends pas contre toi ! Qui aime bien chatie bien.
Je ne le prends pas mal, bien au contraire, c’est en confrontant des points de vue qu’on fait évoluer sa vision des choses.

Par contre... j’ai rien compris. Smile

Tu écris : « Ils ne citent le matos qu'en troisième position dans leurs conseils. »

Troisième position ça me va parfaitement. Je n’ai jamais écrit que le matos était le facteur le plus important, simplement que c’était le manque d’équipement qui causait des morts, par rapport au suréquipent (sujet de ton post).
Ton lien va dans mon sens : « Un bon équipement est nécessaire »
Bon OK, on peut avoir beaucoup d’équipement sans pour autant avoir ce qu’il faut.
Mais dans la pratique (le monde réel) il y a des morts à cause de gens qui partent en montagne avec un matos insuffisant, et non avec trop de matos.

Donc je ne comprends pas pourquoi tu parles de « 1ere cause », « 2eme cause », etc. Je ne fais que comparer « pas assez de matos » par rapport à « trop de matos », ce qui est dans le sujet de ton post.
Ensuite je ne nie pas toutes les causes que tu cites, ni le fait que le matos ne suffit pas à lui seul, bien entendu il faut des connaissances.

Dans la pratique, les guides constatent: chaussures inadaptées qui provoquent des accidents et des chutes, duvet et tentes insuffisants provoquant hypothermie (expérience vécue personnellement dans les Hautes-Alpes, j’étais ado à l’époque), cartes et moyens d’orientation insuffisants, nourriture pas assez énergétique, manque de moyens d'hydratation appropriés (extrêmement fréquent), etc.


Barnabé a écrit:

Citation:
Je ne pense pas qu’ils approuvent l’idée de partir en bivouac les mains dans les poches.

Mais ça sort d'où cette idée exactement ? C'est une idée que tu me prêtes pour mieux contre-argumenter, apparemment. Mais on dirait que tu m'as mal lu.

Ben je te cite : « Mais il faudrait de temps en temps s'obliger à bivouaquer une nuit sans aucun matos, avec juste les vêtements que l'on porte puis à s'orienter pour retrouver la civilisation. »
Ca me semble assez clair, je pense avoir bien lu, pourtant tu me prêtes des intentions peu louables. fouet

Bon, je ne suis sur que cette discussion contribue à ton sujet dans le forum (n'oublions pas: facta non verba), et ça m’est égal d’avoir le dernier mot ou pas en public, on peut continuer en MP si veux. Smile


Dernière édition par Barnabé le Mer 19 Aoû 2009 - 14:43, édité 1 fois

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Re: Le matos tue !

Message par Barnabé le Mer 19 Aoû 2009 - 14:35

OK je réponds en quotant un peu dans tous les sens pour la clarté du propos, si tu veux bien m'en excuser :


Donc je ne comprends pas pourquoi tu parles de « 1ere cause », « 2eme cause », etc.

Parce qu'ils sont dans le document que je citais, et que c'est quand même intéressant de savoir pourquoi les gens se blessent ou meurent !

Je ne fais que comparer « pas assez de matos » par rapport à « trop de matos », ce qui est dans le sujet de ton post.

Mais moi je ne parlais pas de "trop" par rapport à "pas assez", je parlais de "l'importance accordée au matos peut conduire à sous-estimer les savoirs, savoir-faire, forme physique et capacité à prendre des décisions, qui sont essentielles pour la survie". C'est bien pour cela que, désolé, je vais y revenir progressivement à partir de ton
"pas assez" par rapport à "trop".

Jocelyn a écrit:
Mais dans la pratique (le monde réel) il y a des morts à cause de gens qui partent en montagne avec un matos insuffisant, et non avec trop de matos.
Evidemment ils meurent rarement à cause de "trop de matos" au sens propre, épuisés sous le poids ! Mais ils peuvent mourrir à cause d'une trop grande croyance dans le matos, genre "je me suis équipé de pied en cap DONC je sais randonner en montagne". (idem en ski hors-piste, d'ailleurs !) Le document du secours en montagne nous dit que la première cause de mortalité en rando est liée à un manque de condition physique, donc à une surestimation de ses capacités, or le matos peut contribuer à cette surestimation des capacités. Il peut aussi contribuer plus directement, par son poids, à l'épuisement et aux blessures.

Un exemple bien bénin, mais qu'on connaît tous, ce sont les gens qui se lancent en rando avec des bonnes grosses chaussures de rando, neuves. Résultat -> énormes ampoules. Ils ont été victimes, de façon fort bénine, de la pensée magique "matos=capacité".

Un exemple un peu moins bénin déjà, c'est le gros sac de rando de 20 kg sur une personne inexpérimentée et sans condition physique. Ca peut tourner au cauchemar : épuisement, douleurs articulaires, entorse... et le mettre réellement en danger.

Dans la pratique, les guides constatent: chaussures inadaptées qui provoquent des accidents et des chutes, duvet et tentes insuffisants provoquant hypothermie (expérience vécue personnellement dans les Hautes-Alpes, j’étais ado à l’époque), cartes et moyens d’orientation insuffisants, nourriture pas assez énergétique, manque de moyens d'hydratation appropriés (extrêmement fréquent), etc.

C'est une des choses qu'ils constatent, oui, OK. Mais de là à en faire une causalité directe de la mortalité, c'est moins évident. Par exemple, un guide qui aurait ce matos inadapté de touriste, dans les mêmes conditions, serait rentré sans un bobo, parce qu'il aurait largement pu y pallier par ses connaissances et sa capacité physique. Inversement, un pur touriste bien équipé peut se mettre en danger quand même : il s'égare, il se blesse, il est épuisé...

On peut dire en schématisant qu'un touriste qui meurt à cause d'une des raisons que tu cites meurt en fait de 3 causes concordantes : matos insuffisant, connaissances insuffisantes, capacité physique insuffisante. D'après mon document du secours en montagne, les causalité "connaissances insuffisantes de la montagne" et "capacités physiques insuffisantes" sont les principales.

En fait, un touriste qui sait choisir exactement le matos adapté, ni trop ni trop peu, n'est généralement déjà plus un touriste. Il a, en plus du matos adapté, un ensemble de savoirs et de savoir-faires, et une condition physique, qui font qu'effectivement, il ne se blesse pas.

Personnellement, je trouve décidemment que la distinction entre matos, savoir-faire spécifique d'utilisation du matos, et savoir-faire global de pratique dans le milieu en question, est intéressante :

- dans une pratique sportive, souvent, les gens s'améliorent progressivement dans ces 3 catégories. Au fur et à mesure qu'ils progressent dans la discipline, ils acquièrent du meilleur matos, apprennent progressivement à s'en servir, et progressent en même temps dans tous les autres savoir-faire et dans la condition physique nécessaires. C'est pourquoi on confond facilement ces 3 capacités.

- le cas particulier du survivaliste (enfin, du survivaliste compulsif caricatural), c'est d'amasser beaucoup de matos, d'apprendre un peu à s'en servir, et de zapper presque tous les savoir-faires et condition physique qui sont plus globalement nécessaires à la survie au sens large. C'est pour ça que cette distinction, qui peut paraître oiseuse quand on parle de rando, me semble utile pour comprendre le cas du survivaliste compulsif.

Pour résumer, le danger du matos n'est pas directement dans le "trop de matos" par rapport à "pas assez", mais dans :
- le fait qu'une forme de "pensée magique" peut faire que, parce qu'on a le matos, on croit qu'on a acquis les capacités associées, ou du moins, on sous-estime l'ampleur du travail nécessaires pour les acquérir. Un exemple extrême, ce sont les gens qui croient qu'ils savent piloter parce qu'ils ont acheté une voiture puissante.
- le fait que la survalorisation du matos peut fausser l'appréciation de la situation, l'ordre des priorités, et donc amener à faire les mauvais choix : dans le cas de la nouvelle Bug Out, c'est flagrant : prendre plein de retard, se charger trop, etc.

Au final, je ne cherche évidemment pas à dire que le matos ne sert à rien et qu'il faut vivre à poil dans un tonneau ! Je cherche à montrer la grande importance de tous les autres savoir-faires, connaissance, forme phyisique, capacité à prendre des décisions etc. utiles à la survie.


Ben je te cite : « Mais il faudrait de temps en temps s'obliger à bivouaquer une nuit sans aucun matos, avec juste les vêtements que l'on porte puis à s'orienter pour retrouver la civilisation. »
Ca me semble assez clair, je pense avoir bien lu, pourtant tu me prêtes des intentions peu louables.

La citation tronquée est effectivement claire... Mais si tu lis le paragraphe jusqu'au bout, je recommande quand même de prendre un sac complet et un téléphone portable chargé. Ce que je proposais, quand on lit le paragraphe entier, c'est donc de partir avec le matos dans le sac, mais d'essayer de faire sans. On a carte boussole, tarp, duvet etc. avec soi mais on ne les sort que, manifestment, on ne s'en sort pas sans. Par ailleurs, il est de toute évidence qu'on ne peut s'entraîner à cela que de manière progressive ! On ne va pas faire d'emblée 70 km en tee-shirt pendant une tempête de neige !!!

Enfin, en plus de ma mise en garde, je faisais quand même confiance au bon sens des foreumeurs de ce site ! On est sur le café philosphique d'un site survivaliste, visible seulement par les inscrits, j'éspère qu'on peut se dispenser d'une pleine page de mise en garde ! Ca me fait d'ailleurs penser à un autre post sur l'exercice de l'"azimut brutal", qui de toute évidence peut être dangereux, mais bon, on est entre nous et on peut quand même parler de pratiques de ce type !

Bon, je ne suis sur que cette discussion contribue à ton sujet dans le forum (n'oublions pas: facta non verba), et ça m’est égal d’avoir le dernier mot ou pas en public,

A mon sens, le café philo est fait exprès pour ce genre de discussion, donc je le place là. (put1, vivement que tu sois VIP, c'est un peu lourd ces MP). Smile

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Re: Le matos tue !

Message par mado le Mer 19 Aoû 2009 - 23:41

Je ne sais pas si "le matos tue" ou bien si c'est l'idée qu'on se fait, selon sa présence ou son absence.

Je ne parle pas d'une situation d'urgence etc., mais, cet été, j'ai pu partir quelques jours un peu "à l'arrache", chez des gens que je n'avais jamais vus, dans un lieu inconnu, avec seulement quelques informations sur la configuration de terrain (assez isolé).

J'ai osé le faire, avec un gamin, car à force de préparer et de gamberger, j'ai bien préparé mon truc.
Comme j'étais en train, impossible de s'encombrer de bric-à-brac inutile.

Mais nous avions ce qu'il fallait (même si la trousse de secours n'a pas servi).

Donc, le matos a un côté "sécurisant", il oblige à réfléchir, s'informer, choisir, et finalement décider de faire ou pas certains trucs.

De plus, le fait d'avoir fait les bons choix conforte l'idée qu'on peut se faire confiance.

Au retour, j'ai viré plein de bidules de mon Bob, évidemment.

________________________________________________________
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et un temps--très long--pour se relever.
.


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Re: Le matos tue !

Message par Ash le Jeu 20 Aoû 2009 - 0:14

"L'illusion de sécurité tue" Qu'elle soit due au matos, à l'orgueil, à l'ignorance, à la connerie ou quoi que ce soit. Il n'y a pas de blanc, il n'y a pas de noir, que des probabilités, si on tient à la vie il faut mettre ses chances de son coté, effectivement.
J'ai eu l'occasion de parler survivalisme avec un herboriste, il m'a répondu qu'il n'avait besoin de rien, que la forêt lui prodiguerait TOUT (sans oublier qu'il y a un paquet de maisons abandonnées), pourquoi? parce qu'il a la pratique du monde végétal. A mon sens, c'est une autre illusion de sécurité, mais pourquoi pas?

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Re: Le matos tue !

Message par mado le Jeu 20 Aoû 2009 - 0:20

Oui mais : est-ce que "l'illusion de l'insécurité" ne peut pas inhiber, paralyser, gâcher des possibilités, nous faire fuir ce que nous voyons comme des "prises de risques" inutiles ?

________________________________________________________
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et un temps--très long--pour se relever.
.


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Re: Le matos tue !

Message par Jocelyn le Jeu 20 Aoû 2009 - 8:32

Merci pour ces dernières précisions, Barnabé.
J'avoue que j'ai un peu voulu me faire "l'avocat du diable".
Avec ta dernière mise au point ça me parait bien. Smile

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Re: Le matos tue !

Message par Wasicun le Sam 22 Aoû 2009 - 2:25

"ahum" ... ma conclusion ("à moi / à moi !") serait : la surabondance de matos tue sûrement moins que l'absence totale de matos ...

MA REGLE DE 3 :
3 secondes avec une bastos dans la chetron (instantané c'est uniquements si les deux hémisphères sont touchés !)
3 minutes sans oxygène
3 heures en situation d'hyperthermie ou (à contrario) d'hypothermie sévère OU 3 heures en cas d'hémorragie/de trauma important(e)
3 jours sans eau
3 semaines sans aucune nourriture (perso. je dirais que si on "s'agite inutilement" c'est bien moins que ça ...).
3 mois sans aucune denrée carnée (la survie "végan" j'y crois pas ...).
3 ans sans croiser un seul "bipède" (et oui ... la folie et la dépression tuent !!!).

Wasicun
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