Savoir-faire anciens en Bretagne

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Message par Catharing le Mer 3 Avr 2019 - 21:00

Salut,

Consultables et téléchargeables sur le site du CIVAM Bretagne

Savoir-faire anciens et exploitation des algues en Bretagne

Tristan Arbousse-Bastide, Anthropologie & Archéologie, Rennes.
Résumé:
Ce rapport propose une première approche du thème des savoir-faire liés à l'usage des algues. Je me suis principalement intéressé à toutes les variétés comestibles. Les principaux usages domestiques traditionnels, proto-industriels et industriels des algues sont passés en revue puis une série de tableaux détaille cette analyse en fonction des principales espèces d'algues. Ces tableaux peuvent être consultés à tout moment comme un outil de travail.


Extrait:
 
 
I - Usages domestiques traditionnels
 
L'usage traditionnel des algues en Bretagne remonte au moins au Moyen-Age (12e-13e-14e siècles) voire au Haut-Moyen Age (6e-7e siècles) et commence à décliner probablement dès le 17e siècle avec les débuts d'une exploitation proto-industrielle des algues. L'usage domestique des algues est lié au mode vie des populations côtières et insulaires. Leur économie relativement pauvre s'équilibre par une exploitation conjointe des ressources maritimes et agricoles. Le recours aux algues (notamment comme engrais, complément alimentaire pour les animaux, combustible) est un moyen permettant de pallier au manque de terres cultivables, de pâturages voire de bois. L'usage d'algues comme nourriture humaine est marginal en Bretagne, même s'il est assez répandu dans d'autres régions côtières et insulaires d'Europe du nord.
 
a) Combustible
L'un des savoir-faire ancien lié à l'usage des algues en Bretagne est celui de s'en servir comme source d'énergie combustible. Jusqu'au début du 20e siècle les algues séchées étaient utilisées en hiver comme combustible dans les cheminées des maisons. On rapporte qu'un mélange algue et bouse séchée appelé « glaouad » était préparé durant la bonne saison et stocké sous forme de pains plats jusqu'en hiver.
 
b) Engrais et amendements
Sur les côtes de Bretagne, les petites exploitations vivant d'une économie mixte (agricole et maritime) ne disposaient souvent pas d'un cheptel suffisant pour obtenir la quantité de fumier nécessaire à l'amendement des terres qu'ils cultivaient. L'usage de certaines variétés d'algues (notamment les goémons noirs de rive tels que Fucus Kalban, Ascophyllum Korre ou Bezhin du) comme moyen d'enrichir régulièrement les terres est un savoir-faire ancien commun aux populations côtières du nord de l'Europe. Les algues sont collectées dès les mois d'avril-mai puis séchées et stockées (voir mélangées au fumier) pour être répandues sur les terres après les récoltes. Pour ne pas « brûler » les terres, on évite une trop grande quantité de variétés d'algues riches en iode (les laminaires) et certaines proportions d'épandage par hectare sont respectées (20 à 30 tonnes par hectare). La généralisation de l'utilisation des engrais chimiques après la Deuxième Guerre Mondiale met fin à ce type de savoir-faire.
 
c) Alimentation animale
Les savoir-faire anciens liés à l'usage des algues incluent la sélection et la préparation de compléments alimentaires pour les animaux domestiques. Certaines espèces d'algues, telles que Palmaria palmata Kerluz, sont aussi appelées « goémon à vache » (« Bijin saout »). On rapporte que le bétail se rendait de lui-même à marée basse près du rivage pour brouter les algues échouées. Des chemins étaient aménagés pour faciliter l'accès des animaux à ces ressources. Cet usage des algues est reconnu dans toute l'Europe du nord sur les côtes et en particulier les îles. Diverses préparations de fourrage à base d'algues et d'avoine par exemple ont existé.
 
d) Nourriture humaine
Il existe peu de traces en Bretagne de savoir-faire anciens mettant les algues en valeur dans l'alimentation humaine. Seule une algue appelée Chondrus crispus Deliou Karotez, semble avoir été consommée sous forme de préparations à base de lait gélifié. Ce n'est pas une originalité de la Bretagne puisqu'on retrouve cette recette du « blanc manger » dans bien d'autres régions de France et d'autres pays d'Europe du nord. D'autres variétés d'algues (qui existent aussi en Bretagne) sont consommées traditionnellement en Irlande, Pays de Galles, Écosse, Islande et Norvège. [....]


Savoir-faire anciens et matériaux de construction en Bretagne
Tristan Arbousse-Bastide, Anthropologie & Archéologie, Rennes.

Résumé:

Voici un rapport préliminaire sur les savoir-faire anciens liés à la construction. Je me suis principalement intéressé aux matériaux utilisés traditionnellement en Bretagne. L'attachement local à ces matériaux est considérable et ils ont peu fait l'objet de commerce inter-régional. De qualité variables, ces matériaux font appel à des connaissances localisées et partagées par le plus grand nombre dans le cadre de l'auto-construction traditionnelle. Il s'agit des divers types de pierre, de la terre, du bois et des fibres végétales. J'ai inclu quelques notes sur les fibres de chanvre et de lin mais ils ne relèvent de savoir-faire ancien que dans le domaine du cordage et de la toile. Ce n'est que très récemment qu'ils ont été utilisés pour l'éco-construction. Des tableaux et cartes par type de matériau s'ajoutent à ce rapport et peuvent être utilisés comme un outil de travail à compléter le cas échéant.
 
I - La pierre
 
La pierre est un matériau largement utilisé pour la construction vernaculaire en Bretagne. Les moellons étaient extraits du sol à proximité du chantier dans des carrières parfois très limitées ou ouvertes pour le chantier. Le poids de ce matériau et son abondance n'a pas encouragé de commerce inter-régional à quelques exceptions près (dont le granit et les schistes ardoisiers). Les diverses pierres avec leurs caractéristiques physiques propres ont toutes été à l'origine de savoir-faire très localisés notamment pour la construction et l'appareillage des murs voire la couverture minérale. On pratiquait en général l'auto-construction communautaire mais pour la réalisation de l'encadrement des baies, des chaînages d'angles on pouvait faire appel à des artisans spécialisés.
 
Les schistes verdâtres et noirs
les schistes verdâtres et noirs constituent des matériaux de construction de qualité moyenne variable en fonction de leur degré d'altération géologique. On en trouve dans le bassin de Rennes et sa périphérie (Vendelais, Guerchais, Porhoët, Pays de Saint-Malo, Pays de Dol), et dans une vaste bande de centre Bretagne depuis Loudéac jusqu'à Carhaix. La couleur du schiste varie en fonction de sa localisation par exemple le schiste vert de Nozay (44). Ces matériaux peuvent se débiter en plaques épaisses et moellons pour la construction des murs (notamment en usage mixte avec d'autres pierres).
 
Les grès ou schistes gris
Les grès sont des roches homogènes solides qui constituent une pierre de construction de bonne qualité qui peut être débitée en dalle et bancs ou moellons. On y associe aussi certains schistes gris notamment dans la région de Redon. La plupart des gisements se trouvent dans l'est de la Bretagne entre Bain, Redon et Chateaubriant, mais aussi autour de Ploermel. Une bande de grès ou schistes gris existe au nord du bassin de Rennes et s'étend vers l'ouest jusque Quintin environ. En Basse-Bretagne, la pointe de Penn Hir, le Menez Hom et une partie des Monts d'Arrée dont le mont Saint-Michel de Brasparts sont formés de grès quartzites particulièrement résistants pas toujours facile à tailler.
 
Les grès roses
Les grès roses sont des pierres dont les gisements sont relativement limités en Bretagne. Les zones d'utilisation de ces pierres s'étendent au-delà des zones d'extraction notamment dans le nord-est du littoral du Penthièvre et en Pays Goëllo.
 
Les schistes violets
Les schiste violets sont à l'origine d'une architecture vernaculaire particulièrement reconnaissable avec des murs à assises de double parements très réguliers. Le pays de Brocéliande possède de nombreux affleurements de schiste violet avec parfois du grès et de la quartzite. D'autres gisements tels que ceux de Pont-Péan au nord du pays de Rennes ont été utilisés comme matériau de construction pour les maisons de Guichen.
 
Ardoise
Il existe en Bretagne des carrières de schiste ardoisier exploitant anciennement (parfois dès le 16e siècle) des gisements à grain fin et régulier.
En Basse Bretagne, ces carrières se trouvent le long de la vallée de l'Aulne et dans les Montagnes Noires (Chateaulin, Carhaix), dans la région des Monts d'Arrée (entre Botmeur et Commana), sur les communes de Sizun dans le Léon, de Laniscat en pays Fanch (22), Maël-Carhaix en pays Fisel (22). En Haute-Bretagne, les gisements sont dispersés en Ille et Vilaine dans le pays de Rennes et près de Redon.
L'utilisation d'ardoise pour la couverture des maisons ne se développe en Bretagne que dans le courant du 19e siècle. Les autorités préfectorales encouragent l'utilisation des ardoises pour prévenir les incendies de chaumières.
L'usage des ardoises pour la couverture des maisons et bâtiments annexes est resté longtemps localisé aux zones de production utilisant des savoir-faire de « perroyeurs » (débitage des ardoises) et couvreurs locaux. Une partie de la production pouvait aussi être exportée pour couvrir des bâtiments prestigieux et citadins.
Le développement de la couverture d'ardoise au cours du 19e siècle a paradoxalement conduit au déclin des ardoisières de Bretagne qui n'offraient pas souvent un matériau très fissible. Les ardoises du bassin d'Angers-Trélazé, préparées industriellement, sont importées en Bretagne à partir de la fin du 19e siècle. Le savoir faire et les techniques des couvreurs bretons s'est en partie perdu avec la généralisation des couvertures d'ardoise car le nombre de couvreurs locaux était insuffisant pour faire face à la demande et de nombreux ouvriers sont venus de le région d'Angers et des Ardennes apportant avec eux la technique des ardoises minces.
Parmi les savoir-faire des couvreurs de Bretagne il faut signaler la fabrication du faîtage en lignolet (krib) dans la région des Monts d'Arrée et les Montagnes Noires. Cette technique d'emboîtement des ardoises permet de joindre le faîtage d'une toiture. Ces lignolets sont taillés en triangles ou sculptés en ajours divers afin de dessiner la silhouette d'animaux ou d'humains ainsi que divers symboles.
 
Granite
L'exploitation des nombreux affleurements de granite en Bretagne correspond à un grand nombre de petites carrières dispersées permettant l'extraction d'un matériau de qualité inégale. Les principales zones granitiques se trouvent le long de deux bandes de cisaillement géologique parcourant le nord et le sud de l'Armorique. Les carrières les plus importantes sont celles de Scaer, et Pont-Aven dans le Finistère et en Ille et Vilaine dans la région de Fougères. Ce n'est pas le matériau de construction dominant en Bretagne mais il a permis de réaliser des appareillages en pierre de taille pour les chaînages d'angles, les façades, les bordures d'ouvertures et les cheminées. Il faut aussi noter l'usage de l'arène (sable issu de la décomposition du granite) pour la confection de mortier.
Certains granits de qualité ont fait l'objet d'un commerce inter-régional important jusqu'en Haute-Bretagne et même dans des régions de construction en terre (on l'utilisait pour l'encadrement des ouvertures et les chaînages d'angles).
La réalisation de dallages en granite (mais aussi en schiste et micaschiste) n'apparaît que dans le courant du 19e siècle principalement dans les couloirs d'accès au logis. C'est une pratique introduite par des artisans habitués à l'architecture citadine.
 
Pierre calcaire
Il existe en Bretagne de rares gisements de sablons calcaires qui ont formé des roches sédimentaires. Ceux-ci se trouvent essentiellement en Haute-Bretagne dans des zones circonscrites notamment en Ille et vilaine (Chartres-de Bretagne, Saint Juvat, Le Rouget, Le Hac) dans les Côtes d'Armor (Quiou) et en Loire Atlantique (Saint-Géréon). L'extraction se faisait dans des galeries et plus rarement à ciel ouvert et s'est principalement développée durant la seconde moitié du 19e siècle moins comme matériau de construction que comme base à la fabrication de la chaux utilisée comme engrais. La pierre calcaire est un bon matériau de construction qui après extraction et taille durcit à l'air. On s'en servait pour fabriquer des moellons, et pierres de taille pour l'encadrement des ouvertures, corniches et souches de cheminée.
Le tuffeau d'Anjou présent dans la construction sur les rives de la Loire jusqu'à Nantes est un matériaux concurrent des pierres calcaires de Bretagne et qui fut importé depuis le 17e siècle notamment pour de nombreuses constructions à Rennes.[.....]


Autres rapports sur le site :



Savoir-vivre paysan en Bretagne
La transmission des savoir-faire en Bretagne
La haie une économie buissonnière (résurgence de la culture de l'arbre en milieu rural)

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Message par Heodez2.0 le Mar 7 Mai 2019 - 22:09

Les algues comme combustible, ça m'intrigue. Mon point de chute est au bord de la mer, cet été je testerai le séchage et brûlage d'algues.
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Message par Catharing le Mar 7 Mai 2019 - 23:14

Salut,
Heodez2.0 a écrit:Les algues comme combustible, ça m'intrigue. Mon point de chute est au bord de la mer, cet été je testerai le séchage et brûlage d'algues.
Un début d'explication dans ce document très instructif et qui peut avoir son utilité pour ceux qui vivent en bord de mer (utilisations diverses et variées des différentes algues,lire le chapitre trois sur l'histoire de la récolte des algues en Bretagne).

Récolter la mer : des savoirs et des pratiques des collecteurs d’algues à la gestion durable des ressources côtières dans le Finistère.Clement Garineaud
https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01745164/document

Les populations littorales ont comblé le manque de bois par une utilisation des algues comme réserve de combustible. Dès le 18esiècle, des écrits de l’évêque du Léon évoquent l’utilisation de goémon séché à des fins de chauffage et decuisson (Arzel, 1987).
Cette pratique se maintient jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Elle jouait un rôle sporadiquement important, mais elle s’inscrit dans une périodicité particulière notamment à l’île de Batzoù une coupe de goémons noirs effectuée en septembre était réservée à cet usage (Arzel, 1983). 

Le goémon sec était haché puis mélangé à de la bouse de vache, formant le «glaouad». Ces galettes étaient étalées sur les murs afin de sécher et de durcir pour pouvoir brûler.

Cette technique est à l’origine d’un des blasons populaires de la commune de Porspoder «kaoc’h war ar voger: de la merde sur les murs» (Arzel, 1987, p. 31

Autre source intéressante tirée du livre La pêche à pied: Histoire et techniques de Gérard Deschamps
https://books.google.fr/books?id=5iFzDQAAQBAJ&pg=PA192&lpg=PA192&dq=glaouad&source=bl&ots=Lrs8qg_kAQ&sig=ACfU3U2wlM-jc-gfapobPVFltiHm8lWvwQ&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwiUofnHo4riAhUK1eAKHdXiAD0Q6AEwCXoECAkQAQ#v=onepage&q=glaouad&f=false

Page 192

Savoir-faire anciens en Bretagne Glaoua10

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